AUTRES TEXTES
Je suis née Chat : Le visiteur de la nuit
Ce soir, encore, ils tardent tous deux à se coucher et moi je somnole en attendant qu'ils veuillent
bien aller s'allonger et éteindre les feux. Enfin, maman appelle papa qui est resté dans le salon et
s'en va dans la salle de bain pour se préparer à la nuit.
"Ils sont bizarres tous les 2 à changer de fourrure pour se glisser sous la couette !"
Toujours est-il qu'ils finissent par être prêts dans leur fourrure de nuit et qu'enfin j'entrevois le
moment du câlin pré-nocturne. Tranquillement, j'attends que maman se soit couchée avec la couette jusqu'au
menton et je m'en vais quémander mes douceurs. Là, perchée à la pointe de son menton, je lui jette des
regards d'un amour éperdu tandis que gentiment elle me gratouille oreilles et menton pour mon plus grand
plaisir. Le moteur se met en route et je ronronne de toute la puissance de mon roucoulement.
"C'est le paradis sur terre !"
Oasis est déjà couchée depuis longtemps et elle dort comme une bienheureuse, ignorant tout le bonheur
d'être papouillée mais j'aime autant comme ça je ne partage pas.
Hélas, ces moments là sont si courts, déjà papa éteint la lumière et l'ombre recouvre tout. Moi bien
entendu, je distingue encore un peu plus loin la chaise de bureau sur laquelle je vais aller m'étendre
quand maman m'aura éjectée en se tournant sur le coté. Trop vite déjà les caresses cessent, ils se
bizouillent m'ignorant délibérément. Dans un sursaut de jalousie, je tente de ramener l'attention sur
moi d'une pichenette de patte sur son nez mais c'est peine perdue, à ce moment là de la journée, il n'y
en a que pour lui. Et voilà, qu'elle se retourne et moi je n'ai d'autre choix que de réintégrer mon lit.
"Ecoutez les miauler à ne plus savoir s'arrêter ! Est-ce logique de tout calfeutrer pour au final rester
étendu dans le noir sans pour autant s'endormir ?"
Bon voilà ils se sont tus et enfin nous dormons tous bercés par les ronflements de papa et d'Oasis (si si
je vous le jure !).
Tiens mais qu'est ce qu'il se passe par-là, j'ai cru entendre un raclement léger, si léger que j'ai du mal
à savoir si je n'ai pas rêvé. Oasis n'a pas bougé, elle n'a visiblement rien entendu et nos parents dorment
toujours d'un profond sommeil. J'entends leurs convulsions désaccordées quand l'un ou l'autre doit songer à
attraper une souris ou un papillon... hummm quoique je n'ai jamais vu maman courir après l'un ou l'autre.
Silencieuse et éveillée, j'écoute toujours mon instinct ne sachant se mettre en veille et tous mes sens à
l'écoute de ces petits bruits de la nuit.
"Là écoutez ! Si si n'entendez-vous pas ?"
Je n'en crois pas mes oreilles, il y a quelque chose qui rampe le long de mes vitrages. Quelque chose de chaud,
quelque chose de petit, quelque chose d'agile et de consommable... une souris est venue me rendre visite j'en
mettrais mes moustaches à couper.
"Ahhh toi ma coquine tu as mal choisi ton lieu de pèlerinage, je vais te faire ta fête !"
Tranquillement, je me remets sur mes pattes et à l'affût je guette les déplacements de la bête. Elle grimpe la
vilaine, je vais devoir la suivre. Sans faire état du vacarme que mes déplacements occasionnent voilà que je
saute sur le bureau et d'un autre saut ajusté directement sur l'écran. Tout aussi sec je sens la proie qui
prise de panique redescend alors je la suis. Nous ne montons plus que pour le plaisir de redescendre encore
plus rapidement dans une danse totalement désordonnée.
Mes mouvements n'ont rien de très félins dans cette obscurité et au milieu des affaires de maman. Les objets
tombent à droite, à gauche, sur Oasis. Les bruits s'enchaînent, se répercutent et s'amplifient et je sais qu'ils
vont finir par s'éveiller mais peu importe, il me faut cette souris. Voilà j'en étais certaine, maman me crie
après.
Un long "Brrrrruuuuuggggeuuuuhhhhh !" a retenti dans la nuit et la colère qu'elle y a mis me fait hésiter quelques
instants. Je me retiens de bouger mais je la vois encore, je vis tous ses déplacements qui sont autant de supplices
pour mon esprit désobéissant. Finalement je n'y tiens plus et m'élance de nouveau.
La lumière est revenu dans la pièce, maman vient de se lever pour me disputer. Contre ma volonté, elle me remet
sur ma chaise. Avide moi je cherche des yeux cette proie que je n'ai que sentie dans l'obscurité.
"Elle est là, je la voie, mais si maman fais un effort là, sur la glissière. Elle repart ! Laissez moi y aller !"
Maman n'est décidément pas une bonne chasseuse, je reçois une fessée pour ma mauvaise volonté et ils retournent
se coucher.
La scène va se répéter 1 fois, 2 fois, 10 fois dans la nuit. Que ce soit papa ou maman, ils ne voient rien et me
punissent pour une attitude somme toute raisonnable.
"Est-ce ma faute s'ils sont de mauvais chasseurs et si les souris viennent me narguer la nuit ?"
Papa est même parti de l'autre coté au milieu de la nuit. Au début, il m'a obligé à le suivre m'éloignant de ma
distraction du moment, mais grâce à une petite crise de jalousie d'Oasis, il a abandonné. J'ai le droit de
retourner dans la chambre et seule maman continue de grogner chaque fois que mes sauts la réveillent en sursaut.
Au matin, nous ne sommes pas plus avancés. Ma souris me nargue toujours bien planquée de l'autre coté de la fenêtre
et les parents sont furieux de n'avoir pas fermé l'oeil de la nuit. Le réveil a sonné, maman est toute bizarre
comme Oasis le matin, toute molle et maladroite. Elle m'en veut et je le vois bien aux regards qu'elle me jette.
C'est qu'elle aime dormir ma maman, enfin je la comprends moi aussi habituellement j'aime dormir.
"Fichue souris ! Ahhh la revoilà ! Je te tiens ! Ohhh non la vitre ! Laissez moi sortir !"
Je miaule fébrilement et finalement, ils me rejoignent. Ils sont surpris de me trouver nez à nez avec la petite
souris qui nous a causés de si vifs ennuis. Finalement, ils s'excusent un peu envers moi et... Je n'y crois pas,
il la filme cette saleté. Me voici l'héroïne d'un nouveau feuilleton mais moi ce que je voulais vraiment c'était
qu'ils ouvrent la fenêtre mais je crois qu'ils ont un peu pitié de la souris.
"Pffffuuuuu ses parents alors !"
J'ai au moins gagné le droit de continuer à la chasser en vain tandis que maman s'en va pour la journée et que
papa s'en retourne faire une nouvelle sieste sous la couette. Mais elle ne perd rien pour attendre cette souris,
je l'aurai, je l'aurai un jour !
Prélude : Crise d'angoisse
On a laissé le Ramina sur sa petite branche mais il est quelque chose qu'il faut savoir
reconnaitre à nos volatiles : leur capacité à vous rendre la vie impossible. Ils ont
donc imaginé de changer chacun de sa place pour redonner à chacun la place d'un autre.
Vous allez comprendre. Prenez un jeu de dame et décidez d'interchanger tous les pions rouge.
Vous obtenez alors un jeu de dame tout aussi semblable et pourtant tout à changé. C'est un
jeu de branches musical sans raison qui coupe la tête aux uns pour la donner aux autres. Une
folie qui met la vie en un instant dans le tableau figé pour l'en dépouiller l'instant suivant.
Ainsi et dans un bel ensemble, tous s'envolent et s'éparpillent pour s'en venir se reposer
à l'endroit désigné et ne rien alors changer de leurs anciennes habitudes.
Et notre Ramina dans tout cela ? Il fuit d'un fragile abris à l'autre priant pour retrouver
rapidement place en ce troupeau. La gymnastique est difficile (le kamasutra à coté ferait rire)
tendre une patte vers le vide sentir toutes les autres perdrent prise, se redresser dans le vent
et prendre appui un instant avant le prochain saut vers la destination finale (hummm rappelez-moi
il se termine bien ce film là ?) ou vers une chute interminable. Si au moins, il y avait l'espoir
que tout ceci servirait à autre chose qu'à en changer la forme.
Au final, une place se dégage c'est la sienne sans nul doute. Sur ce nouveau perchoir, un compagnon
imprévu... Compagnon, compagnon, l'expression est surfaite, disons simplement un voisin, un autre
corps, toujours pas d'âme les emplumés doivent en être amputés à la naissance ou dépourvus par hérédité.
Le binôme est cocasse mais pas vraiment du goût du Ramina qui ne peut rien en dire et
doit bien accepter. La chose est une oisèle d'un âge bien avancé, ni agressive, ni hautaine,
mais pourvu d'une belle paire d'oeillères ou d'un manque total d'à propos. Un sourire gracieux qui
n'a même pas le loisir de masquer un esprit dédaigneux puisque d'esprit il n'y a pas. Un de
ces êtres capable de trouver une raison d'être aux pires infâmies.
Et la situation à laquelle c'était tout juste fait le Ramina lui échappe soudain comme l'envahit
cette présence importune. On peut nier son état de paria tant que rien ne vous le rappelle.
Mais voilà le problème (enfin le plus gros de tous) la compagnie nouvelle de l'oisèle caquettant
est un post-it permanent de l'abominable déchéance du pauvre chat qui angoisse. Comment ignorer
chaque jour durant les prochains longs mois les venues de ces emplumés aux sourires citron
venant trouver l'oisèle et dédaigner le chat ? Comment ignorer une attitude qui vous insulte
jusqu'à la pointe fine et sensible de vos moustaches ? Comment ignorer la douleur qui vrille
vos vibrisses au simple souvenir de la cordialité et de la chaleur perdues ? Comment survivre
à la spirale de la dépression qui s'annonce ?
Il fait froid au coeur de tout cela. Si froid au pied d'un chêne hivernal.
d'une patte à l'autre
Quand le chat pot, petit patapon,
D'un seul coup de bon ton, petite patte à pot,
Dans le dit-pot, petit pataton,
La bergère au bâton, petite patte à pot,
Sauva pattes et pot, petit patapon
Et le fripon du pot, petit patapon.
Fouin de tout chat, le Matou qui mata,
L'Alice dans le Cheshire perdue,
Matou maton d'un sourire narquoit,
Indique qu'il sait mais il a disparu,
Et le chat-fou chafouin,
N'indique aucun chemin.
Le chat aux pieds chaussés,
Pauvre héritage, peu de deniers,
Mais fait de 3 méfaits,
La richesse du maitre tenté,
En 7 lieues, la chose est prise,
Botte et Rebelotte la promise.
Terminons du greffier,
Par le bon gros rentier,
Raminagrobis premier,
Témoin, juge et juré,
Le premier des 2 a mangé,
Et du second s'est pourléché.
Chat de légende et chat de rien,
Doux sur la face, griffu soudain,
Matou, minet, autres félins,
2 ou 3 mots et c'est la fin.
Ode à Caramel
Quand tu es parti, que tes yeux ont perdu tout à fait cet éclat de vie qui me
tenait à cœur. Quand la décision fut irrévocable, la décision de te laisser
partir loin des souffrances de la maladie. Quand l'âme lourde de la conscience
aiguë d'avoir hâté ta fin, je suis rentrer pleurer sur l'implacable nécessité
de choisir entre l'amour égoïste et la douleur de la responsabilité. Là entre
les sanglots et la honte, entre la peine et la raison, je me suis dit :
" pourquoi s'engager de plein gré dans une voie qui mène à affronter régulièrement
la mort de l'être chéri ? Pourquoi tant les vouloir quand on sait le vide qu'ils
laissent ? Pourquoi recommencer le cycle quand la boucle ne mène qu'à avoir mal ? "
Je me suis dit : " Fini pour moi, Maou sera la dernière … "
Et pourtant, elles sont là mes minettes, mes amours, mes monstres, mes bourreaux
et mes bébés, ces chats qui font ma joie et ma colère, ma tendresse et ma tristesse
selon les jours, l'humeur, le temps. On s'habitue à tout sauf à vivre sans eux
quand on les aime tant qu'il nous devient impossible de ne point nous les attacher.
On s'habitue à tout même à rêver de ceux qui nous ont trop vite quitté et que l'on
imagine parfois réapparaissant soudain comme porté par un autre corps de chat.
Mais non, point de réincarnation, ils sont tous uniques, pas un qui ne puisse se
confondre avec son voisin.
Mimi la sauvage, Caramel le paternel, Maou le bébé brise-fer, Brug's la timide
pot-de-colle, Oasis la fausse hautaine … Autant de chats que de caractères, autant
d'atouts que de défauts, autant d'amour que de cris.
J'ai curieusement moins de mal à leur déclarer ma tendresse que l'on en a à déclarer
son amour à celui ou celle qui partage ou partagera nos vies. C'est un sentiment si
simple que d'avoir de l'affection pour eux, peut-être justement parce qu'ils ne
nous engagent que pour un temps relativement trop court dans nos existences ou
peut-être encore parce que leur affection pour nous ne tient qu'à notre personnalité
pas à ce monde d'apparences qui détruit, souille et blesse : Le regard de l'autre.
Et moi, moi je vis dans ces regards de chats, j'y vois l'affection, la malice,
la colère parfois mais jamais aucun manque de respect, aucun jugement d'apparence,
aucune critique quand à ce que je suis. Regards de chat, voie de la sagesse comme
si l'on n'était qu'attentions, douceur et caractère. Et ce miaulement, qui aussi
déchirant qu'il puisse devenir quand le chat jaloux et plaintif réclame la main
de sa maîtresse, n'aura jamais le tranchant de nos mots, ceux qui dépassent la
pensée, ceux qui heurtent la sensibilité, ceux qui pourrissent l'âme comme le
plus vil des poisons.
Alors à chaque fois, je repars à zéro. Je n'oublie rien de ce qui fut vécu mais
j'appréhende cette découverte de l'autre. Chaton mignon, regard si pur, confiance
aveugle, caractère en devenir et un relationnel qui jamais ne me lasse, ni ne me
contraint.
Quand tu es parti, que tes yeux ont perdu tout à fait cet éclat de vie qui me
tenait à cœur. Quand la décision fut irrévocable, la décision de te laisser partir
loin des souffrances de la maladie. Quand l'âme lourde de ta perte, j'ai enfin
roulée sur le dos. Maou est montée sur mon ventre, et d'un ronron profond, est
venue soulager ma peine. Là entre les larmes séchées et caresses hésitantes, entre
peine et sentiment , je me suis dit :
" Voilà pourquoi je recommence malgré la souffrance ! ".
L'art du cercle
Le chat c'est l'art du cercle, l'arrondi parfait, la courbe dans tous ses états.
Par la tête bien ronde de l'Européen ou ovale à l'orientale. Tigrée savamment de
longues lignes ovalines. Pur cercle bleu brouillard pour chartreux ou son cousin
russe.
Par ces oreilles en collines délicates, douces ou large et donnant la leçon.
Bouclée en curl ou fermant le cercle du menton sous la colère et la honte.
Par la pupille terrifiante du soir qui brille en cercle lunaire, jusqu'à l'éclipse
fine qui cisaille en deux hémisphères les prunelles du fauve au soleil.
Par les mouvements reptiliens d'un panache qui bat la mesure et rend compte d'une
humeur ou ceux plus appuyés mais frôlements légers sur les mollets d'une nourrice
en puissance.
Par ce dos arqué que l'on glisse dans un trait de stylo entre la courbe d'un
sein et la douceur d'une main. Une colonne qui se dresse vers la caresse, se hérisse
à la rencontre fortuite d'une boule congénère et se déplie enfin à chaque pose
de sommeil pour mieux retrouver les affres d'un rêve éveillé.
Par ces pattes arrondies semblant flotter sur parquets et gouttières, défiant
le vide du haut d'une poutrelle, d'une branche d'arbre, du haut de l'étagère,
depuis les toits et d'une grille à l'autre.
Par ces griffes, elles-même, serpe sans lame qui déchire la bête qu'une valse
cruellement à conduit vers la fin de son cycle.
Par ces poses que la bête enchaîne d'une courbe à sa transposée :
- Le cercle du sommeil, nez recouvert des pattes et tête fourrée au creux de son
pelage.
- L'attente en assise telles les 2 boules d'un bonhomme de neige que l'on aurait
couvert de chaleur.
- La course en courbe folle, en virage et spirale donnant le tournis à celui
qui tente de la suivre.
- L'extension en virgule inversée.
- La colère en pont rapproché.
- L'interrogation en arc percé d'un regard tranchant.
- L'amour en arrondis de tête.
Et l'obsession enfin de faire disparaître ces angles durs en s'y frottant
invariablement dès que l'occasion se présente.
Le chat c'est l'art du cercle, l'arrondi parfait, la courbe dans tous ses états.
Le chat du bûcheron
Un chaton, née de France, sans autre regard sur le monde que le sien en son miroir,
jouait tout son comptant, heureuse d'une vie qui n'appartenait qu'à elle-même.
Point de croyance, elle n'avait, en sa féline apparence, de ce que les autres
disaient d'amour et de romance.
Pfuut, l'entendait-on faire aux cygnes enlacés, aux chiennes enlaissées, aux
amoureux transis, aux couples éphémères.
Pourtant le petit coeur si soigneusement clos, si indélicat dans sa vue, si fort
en son dénie, cachait en son tréfonds, un secret.
Voui ! le chaton était en amour avec le bûcheron, et en cela, les autres ne
comprendraient pas ou du moins, le félin, pensait-il ainsi pour eux.
La romance cachée n'en était que plus vitale et le félin savait qu'il était
'fait l'un' pour l'autre et bûcheron aussi.
Quand le bûcheron revint décidé à tenir l'engagement de son âme au péril
des esprits, des rumeurs et des mauvais badauds, il trouva son chaton,
le nez pointant au ciel et déclarant, devant un parterre de concierges,
que sa haute qualité ne saurait s'abaisser à tout juste penser que romance
existait.
Déçu, désorienté, le bûcheron blessé, qui croyait aux merveilles, aux ombres
comme au soleil, au père des enfants à noël, à la souris taquine collectionnant
les dents, aux cloches vagabondes annuellement chocolatières et indépendamment
à l'amour de sa ratière, s'en retourna ne laissant qu'une larme au passage.
Au réveil du matin, le félin découvrit près du porche la larme et compris le
message ... Horrifiée de ses actes qui niaient cet amour, que par peur et
prudence, la douce avait caché, et qui lui faisait perdre par orgueil le
soleil de sa pâle existence, chaton s'en fût courir rejoindre celui qu'elle
avait tant blessé.
Une rude traversée de la France au Canada, par tempêtes et orages, entama
l'orgueil que la douce féline avait mis en son verbe, et la mena enfin à
l'endroit, où le bûcheron malheureux cuvait hargne et chagrin.
La porte semblait lourde de la peine qu'elle couvait, le bûcheron éteint comme
un feu qu'on étouffe, restait pâle à sa table sans geste ni dessin. La féline,
la larme au bord des lèvres, s'approcha de l'aimé que sa conduite avait touché
en plein coeur.
D'une patte plus douce, celle d'un coeur qui s'émousse, le chaton retrouva
d'une plainte vertueuse, la saine relation de l'amie à l'amour que perdue,
elle avait crue.
Alors telles les roses, nées d'un même rameau, s'enlacèrent les âmes de nos
deux tourtereaux.