JE SUIS NEE CHAT
Une famille
Chapitre 1
Je suis née chat, ce n’est pas rien que cela, et chat curieusement uni parmi les bâtards colorés d’une nichée non désirée. Chance pour nous ni la noyade, ni la mort violente ne nous attendit vraiment. Adoptés, oui adoptés non fûmes tous autant que nous étions.
Ils étaient bientôt tous partis mais moi à près de 6 mois, j’avais fait mon trou dans le coin et la famille s’était résignée à garder l’étrangeté blanche que je constituais. Il faut dire qu’être blanc pour un chat n’est pas une sinécure, car le plus souvent la surdité va de paire avec l’absence de couleur. De plus, nous sommes réputés plus faibles et plus fragiles donc pas toujours le meilleur des choix quand vous souhaitez vous offrir un animal de compagnie pour longtemps.
Bref je m’étais convaincu que ma vie se déroulerait dans l’indifférence et le manque de tendresse ambiant. La famille me traitait correctement cela va de soi mais avec un détachement qui me rendait plus sauvage que câline.
C’est par un jeudi de septembre que tout bascula. Les choses s’étaient préparées la veille mais je n’avais pas vu dans les visiteurs de la matinée des amoureux potentiels de chat, équipés de deux chiens comme ils l’étaient.
«Atroces bestioles que ces chiens, grognants, reniflants et accessoirement sales et nauséabonds ».
Mais c'étaient des éclaireurs et mon destin arriva le lendemain en début d’après midi. Je la vis entrer et son regard balaya la pièce jusqu’à me trouver moi. Pour peu, elle n’aurait pas pris le temps de s’occuper des autres habitants tout intéressée par ce premier contact, qui sans être déterminant reste inoubliable. Pensez que pour une fois toutes les attentions, tous les espoirs étaient dirigés vers moi. La demoiselle avait le regard pétillant comme un enfant au soir de Noël découvrant le cadeau qu’il avait demandé si souvent. J’étais tout ce qu’elle désirait et j’en étais effrayée, ignorant jusqu’au sens de cette affection débordante.
Passée d’une cage à oiseau (ma famille de naissance avait des idées fort curieuses) à une mallette de voyage (en osier), je pris pour la première fois place dans ces engins qui servent de lieux d’attente entre un monde et un autre. Je quittais ainsi le seul endroit qui m’eût été familier. Le temps s’écoula lentement dans un bruit et une vibration quasi continuelle, je préférais me taire ignorant ce que l’on attendait de moi et désireuse de me faire oublier. Au bout du compte, un nouveau pays s’offrit à moi. Il était empli de tas de choses, encombré d’objets légers et inhabituels. J’aurais aimé tout visiter et prendre mes marques mais nous autres chats avons la timidité à fleur de peau et ma première nuit fût passée comme de bien entendu sous le lit, bien à l’abri des regards.
Le lendemain, premier câlin matinal (bizarre comme sensation), première gamelle (sympa le cuisto maison) et hop ! Ma nouvelle compagne m’abandonne à mes errances …
«Pourquoi ?»
Mais c'est un rythme régulier que ces départs du matin et cet abandon de plusieurs heures alors c’est qu’une chose ou une autre doit le justifier, je n’en fais plus mille histoires.
Laissée seule, la timidité disparaît surtout lorsqu’un monde n’attend que vous pour se dévoiler. Un saut par-ci, un saut par-là, les choses tombent à terre pour mon plus grand plaisir. Des jeux voilà de quoi ma vie est faite alors, de jeux, de jeux et encore de jeux. Je saute, je cours, je bondis (parfois non sans fracas) et finalement épuisée par mes ravages, je trouve délicieux de m’installer comme un pacha dans une douce pile de tissus sentant bon le frais.
'Clic !'
Un bruit m’alerte, il est tant de redevenir timide surtout vu l’état dans lequel j’ai mis le monde.
«Aïe !»
Ça grogne et ça furète et me voilà suspendu à hauteur de 2 yeux marron qui tentent de me gronder mais proclame le fait que je ne suis qu’une « adorable chipie ». J’ai gagné une nouvelle gamelle d’un tout petit cri et repars me cacher sous le lit. Bizarre, la demoiselle ne semble pas vouloir se coucher, elle remplit une caisse, m’attrape sous le lit, m’installe dans une nouvelle corbeille et sort chargée comme une mule. Revoilà l’engin à patienter.
«Mais où va-t-on encore ?»
Elle ne me ramènerait quand même pas pour quelques bouts de verre et un ou deux objets jetés à terre.
«Ce n’est pas ma faute ! Ce n’est pas moi ! Mi ! Mi !»
J’essaie de me défendre mais elle se contente de sourire et de me donner une tape sur le museau. Vaincue, j’abdique et j’attends la suite.
Chapitre 2
Et bien non elle ne m'a pas ramenée. C’est dans un autre ailleurs (curieux concept non ?) que je pose mes pattes.
Tout sent le chat et l’air frais par ici. Il y a des tas d’inconnus et l’espace semble illimité. J’ai peur, oui peur, on m’a jaugé dès l’arrivée, je suis passée de mains en mains et dans ma détresse, j’ai feulé un petit peu mais personne n’a semblé prendre garde à mes accès de colère.
Une fois relâchée et en l’absence de lit, c’est sous un canapé que je trouve refuge et je ne suis pas prête dans sortir la patte.
«Quoi ? Manger !»
Bon d’accord mais seulement pour vérifier que le cuisinier du coin vaut celui de ce chez-moi à peine exploré.
Deux journées sous un canapé ça use. Je me réveille le matin dans la chambre là-haut et dès que la porte est ouverte, je me précipite dans les escaliers pour rejoindre mon asile. Maintenant, j’en ai raz les moutaches de ne voir que le dessous de ces coussins. Il me faudrait agir.
Je vous avais dit que tout sentait le chat et bien j’avais raison tout sentait le gros gros gros chat même. J’ai été présentée mais la mastoc n’est pas franchement maternelle et pas question de jouer avec.
«Flûte, il a fallu que l’on me colle avec une compagne du type ermite sauvage !».
J’ai bien essayé de la dérider mais au premier reniflage de croupion j’ai pris une baffe, du genre qui reste dans les annales et cette vilaine est allé ensuite s’installer sur mes genoux à moi.
«Lesquels ?»
Ceux que je n’ai pas encore testés, ceux de ma demoiselle aux yeux pétillants qui s’inquiète déjà de me voir si peu amicale et si timide.
Deux jours, un de trop déjà, ce soir-là comme si de rien n'était, je sors, je mange ma gamelle et hop ! Je monte sur le canapé et m’installe sur les genoux offerts. J’en suis récompensé au centuple, bisous, caresses, gratouillis et délicates attentions, la glace est rompue, j’ai enfin une amie à moi. Elle peut toujours s’accrocher la grosse boule de poils pour reprendre la place.
«Aïe ! La voilà ! Sauve qui peut ! Je serai courageuse une autre fois … ».
Pas grave, de toutes façons, la nuit est tombée, on part se coucher, au moins dans la chambre, il n’y a que moi et ma demoiselle et je passe enfin toute une nuit juchée en propriétaire heureuse sur la hanche de ma demoiselle à moi. Elle bouge un peu mais je suis obstinée et je remonte imperturbable me recoucher dès qu’elle a fini de gigoter. C’est finalement simple d’adopter un maître. C’est juste le premier pas qui coûte mais je n’eus pas été un bon chat si je n’avais pas eu ma crise de timidité première.
Le temps dans la grande maison fut compté mais j’ai eu celui de découvrir pas mal de choses intéressantes. D’abord qu’il est très amusant de jouer avec du papier d’aluminium roulé en boule, ça crisse, ça roule, ça rebondit et tant que je la ramène, elle m'est renvoyée à l’autre bout de la pièce pour que je puisse lui courir après. Ensuite, qu’il y a à la campagne (c’est ainsi que l’on nomme les grands mondes emplis d’un air frais et que l’on ne vient visiter que de temps à autres) des tas de petites proies délicieuses, araignées, scarabées, papillons … Enfin, qu’il existe des forêts pleines de plantes vertes au dehors et lorsque l’on est sage on peut aller s’y ébattre.
«Ah ! J’oubliais !»
J’ai désormais un nom. Ma demoiselle l’a trouvé assez vite mais il fallait qu’il me convienne aussi. J’avoue avoir cru un moment m’appeler 'Suuuffiiit !' mais non c’est simplement le hurlement de danger lorsque je fais quelque chose du style jouer avec les fils de la télévision. Non ! Moi je m’appelle Brug’s, prononcer 'BRU-GE'. Ma compagne dit que cela me va parfaitement et que ceux qui la connaissent ne seront pas étonnés. Une histoire de liquide à bulle, si j’ai tout bien saisi, et de rapport à mon joli pelage blanc.
J’ai retrouvé la caisse de voyage et l’on est reparti. J'ai quand même bien aimé ce séjour, je crois que même la monstruosité féline va me manquer. Elle n'est pas très amicale mais elle a l’odeur des mamans chat et ça m'a fait quelque chose. Tant pis, ma demoiselle l’a dit, on reviendra bientôt et j’ai tant de choses encore à découvrir dans notre appartement parisien.
Chapitre 3
La vie s’est organisée assez rapidement, je me réveille le matin, je m’en vais réveiller ma demoiselle (enfin quand elle ne l’est pas déjà). Un saut bien cadré droit sur l’estomac et c’est le réveil assuré. Une seule chose :
«Ne pas oublier de prendre ses pattes à son cou. Elle est grognonne au réveil ma compagne !.»
Ensuite je miaule ! Enfin je miaule, tout est relatif, maman (oui ma demoiselle est devenue Maman) …
Maman, disais-je, dit que je miiiile. Pourtant, j’essaie d’articuler mais à défaut d’être sourde comme un chat blanc l’est souvent, je n’ai pas de voix, on ne se refait pas. Donc je miiiile jusqu’à obtenir ma gamelle. Elle est souvent bien équilibrée, il y a des pâtés, des émincés, des terrines et des croquettes. J’aime beaucoup ces dernières. J’ai d’ailleurs tenté d’attaquer le paquet mais je me suis fait prendre et le 'SUFFFIIIIT' a retenti.
Je suis petite pour un chat au point que l’on m’appelle parfois le chat de poche, aussi ma gamelle est-elle petite aussi. Elle est mignonne tout plein jaune bouton d’or avec une tête de chat sur le coté. Maman l’a gagné chez friskies pour moi.
Après j’ai droit à un câlin rapide, ma demoiselle va partir pour la journée. Elle continue à le faire régulièrement même si cela ne me plaît guère. Elle prend son sac (celui que j’ai marqué avec mes griffes pour son plus grand plaisir) et elle me laisse garder l’appartement.
Nous sommes au rez-de-chaussée et je passe beaucoup de temps à regarder la vie au dehors. Il y a des enfants avec leurs parents qui passent le matin. Ils tapotent parfois contre ma vitre. Il y a une vieille dame avec un gros chien noir qui adore venir me dire bonjour d’un coup de truffe. Ensuite il y a les pigeons :
«Ah ! Ceux là, ils ne perdent rien pour attendre le jour où je trouve la sortie, ça va chauffer pour leurs plumages ! Grrrrrr.»
Le reste du temps soit je fais le tour de l’appartement (histoire de trouver une bêtise à faire … je suis un chat moi !), soit je dors (cela ne vous étonnera guère !). Dormir prend beaucoup de temps et la recherche d’un endroit adéquate se révèle épuisante en elle-même. J’ai testé le lit mais j’y dors déjà la nuit bien blottie sous la couette alors cela semble bien vide sans maman. J’ai ensuite testé l’armoire mais depuis elle n’oublie plus de la fermer avant de partir. Alors j’ai choisi d’alterner entre les différentes chaises.
Plus tard, la clef cliquette dans la serrure et c’est la séance de câlins avec ma demoiselle de retour. Elle fleure des tas de choses curieuses. Des odeurs fortes, des odeurs déplaisantes mais aussi de fabuleux parfums évoquant la nourriture. Elle éprouve alors le besoin de faire une chose très très bizarre, à la limite de la confusion mentale. Elle va dans la salle d’eau et rempli le toboggan blanc d’eau pour se plonger dedans durant un temps fou.
«Qui a besoin d’aller mettre plus d’une patte dans de l’eau ?»
Mais elle semble aimer cela alors je la laisse faire. Moi je m’installe sur le bord avec prudence et je lui raconte ma journée. Parfois elle me chatouille le menton mais sa main est mouillée et j’apprécie très moyennement voir mon poil humide.
Elle sort un peu plus tard et à force de 'mi !' 'mi !' répétés, j’obtiens ma gamelle du soir. C’est bon et cela annonce son repas à elle. Elle fait souvent rôtir du poulet le soir et ça sent si bon dans l’appartement. Dans ces cas là, des yeux doux, un regard fixé sur l’assiette ou suivant la fourchette, un petit 'mi !' plaintif et l’on obtient un petit rabiot. C’est un moment formidable, d’une complicité folle que ce repas pris sur le pouce. Elle ne prend même pas la peine de se mettre à table et c’est souvent sur le lit qu’elle s’installe. Je suis alors à hauteur pour quémander. Attention cependant de ne pas laisser l’emportement vous faire tendre la patte car alors elle me houspille et hop ! Me remet par terre avec mon collier de perle. Il me sert pour jouer et non pas pour me faire belle, c’est une précision nécessaire.
Si elle part se brosser les cheveux, je la suis sans hésitation, j’adore quand elle prend l’autre brosse pour s’occuper de moi, alors je monte sur son épaule et je la laisse me brosser longuement. Elle me remet à terre toujours trop tôt à mon goût mais je ne demande pas mon reste lorsqu’elle allume la chose qui fait 'bbbbbbbrrrrrr' et qui lui donne une haleine à la menthe.
Enfin, la nuit tombe, voilà des heures qu’elle est allongée avec son livre. Il est temps de dormir alors je m’en vais la rappeler à l’ordre. Un petit 'mi !', elle ne m’écoute pas. Un coup de patte, elle sourit et me renvoie d’une caresse. J’emploie alors les grands moyens et je me couche sur le livre. Elle me regarde tendrement, j’ai gagné. Le livre rejoint le sol et la lumière est éteinte. Reste à retrouver ma place sous la couette. J’ai un code pour cela, un coup de patte sur le nez de maman et le lit est ouvert, il me reste simplement à me glisser tout contre le corps chaud et à ronronner de plaisir jusqu’au prochain éveil.
Chapitre 4
Tiens tiens, revoilà les jours où l'on traînasse au lit le matin.
Ce sont des jours spéciaux, là pas question de réveiller maman pour avoir ma gamelle
à l'aube. Il faut attendre encore et encore qu'elle se décide à ouvrir ses si jolis
yeux et qu'elle ait étiré le moindre de ses muscles pour obtenir la première
attention. Mais alors c'est le paradis, elle me consacre beaucoup de temps.
D'abord ma gamelle, mon estomac n'attendra pas plus. Ensuite un tas de caresses
car on a le temps ces matins là. Parfois un brossage.
' Hum ! Quel pied !'
Et encore de folles poursuites avec ce fil ou mon collier de perles qu'elle fait
fuir devant moi pour que je puisse courir après.
Aujourd'hui, cependant, elle semble un peu distraite. Elle a passé du temps à parler
à sa petite boite grise et à rire sans raison. Puis elle est partie chercher des choses
à manger. Du coup, les jeux ont été écourtés et au lieu de reprendre et la voilà qui
range, qui bouscule, qui essuie à tout va.
'Sauve qui peut ! La chose est de sortie!'
Je hais positivement cette horreur qui fait un bruit du tonnerre et qui aspire tout
ce qui passe à porter de sa gueule immense. Je préfère me percher bien haut oo fuir
la pièce où il sévit. J'en ai le poil tout ébouriffé.
'Comment peut-on faire entrer chez soi un monstre pareil et à quoi cela peut-il servir ?
Je les mange moi les poils qui traînent alors cette chose ne devrait pas avoir droit
de citer. Enfin, le silence a repris ces droits et la chose retrouvé sa place au
placard. Maman ne me préfère pas très longtemps la vilaine bestiole. M'enfin c'est
toujours de trop à mon goût, je bouderai donc un petit peu histoire de marquer mon
mécontentement. D'ailleurs là je me cale sur la chaise et je n'en bougerai pas même
si elle passe 10 heures à m'appeler.
'Hum ! Ça sent bon! Mais que fait-elle encore ?'
Je sais que je suis sensé bouder mais que voulez-vous ma curiosité d'une part,
et ma gourmandise d'autre part, me poussent inexorablement à aller fouiner dans
la cuisine. Maman est bien là devant la plaque et elle dépose avec régularité de
croustillantes et odorantes galettes dans une assiette.
'Pour moi ?' 'Mi ! Mi !'
'Non ma jolie ! Me dit-elle, ce n'est pas pour les petits chats les crêpes.'
Dommage, j'en aurai bien pris ma part moi mais elle est intraitable quand il s'agit
de nourriture. Quand elle dit non c'est non ! Il ne me reste qu'à regagner la chambre
qui pour une fois a plus l'allure d'un salon. En effet, le canapé a été replié et
toutes les petites affaires rangées. Il ne me reste pas même un petit bibelot à jeter
à terre.
Je me recouche donc pour une longue sieste pleine de rêves de chasses folles, de
repas pantagruéliques et de câlins à n'en plus finir. De temps à autres, j'ouvre
un œil mais le manège se poursuit dans la cuisine et seule la hauteur de la pile
de crêpes change entre deux sommes.
'Driiiiiing!'
J'ai fait un bond terrible et de peur je me suis réfugiée sous le canapé. Maman, elle,
semble ravie, elle se précipite vers la porte en lançant des 'J'arrive, j'arrive!'
guillerets. Voilà que nous sommes envahis. 1 puis 2 puis 3 puis 4 inconnus rentrent
et s'interpellent à haute voix. Je suis terrifiée par cette nouveauté. Jamais personne
d'autre que maman n'avait foulé ces lieux et me voilà désormais cernée de toute part.
Maman m'appelle doucement mais il n'est pas question que j'y réponde. J'ai peur et
je suis bien décidée à ne pas mettre la moindre patte au dehors. Tous s'agitent
au-dessus du canapé et les rires vont bon train. Se moqueraient-ils de moi ?
Si c'est comme cela ils vont voir de quel bois je me chauffe moi.
'Zou !'
Je suis sortie comme une furie de dessous le canapé et sans attendre qu'ils soient
revenus de leur surprise je leur saute sur les genoux avant de repartir aussi sec
à l'abri. Les rires ont repris de plus bel et maman semble prise d'un fou rire
terrible.
'Tant pis ! C'est raté !'
Moi qui pensais les voir filer de peur vers la sortie.
Les bruits de verres que l'on remplit et de couverts qui s'entrechoquent aiguisent
de nouveau ma curiosité. Ils paraissent tous m'avoir oublié et cela me froisse.
Je suis de fait plus vexée qu'effrayée désormais. Je sors la truffe, le silence se
fait. La tête et 5 sourires m'accueillent. Alors sans faire plus de manière je m'en
vais quémander quelques morceaux de crêpes et quelques douces caresses.
Finalement, la soirée c'est plutôt bien passée. Les envahisseurs ont été généreux
avec moi et j'ai fait ma première séance photo. C'est bon d'être adulée de cette
façon là. Mais tout cela terminé, je suis quand même bien contente de me blottir
tranquillement contre maman, le ventre gonflé. Elle me caresse doucement en
murmurant 'c'était bien cette soirée, il faudra en refaire Brug's, il faudra en refaire'.
Je me suis mise à ronronner et nous avons sombré dans le sommeil.
Chapitre 5
Nous sommes déjà parties plusieurs fois en vacances, nous allons toujours là où
le gros gros chat réside. La dernière fois, il faisait froid et lorsqu'on est allé
se balader dans le jardin, il n'y avait pas d'herbe. J'ai appris 'la neige'.
C'est une chose incroyable pour nous que cette chose là. C'est mouillé et ça ne l'est
pas vraiment. Par contre, c'est vraiment froid, très froid et je n'ai pas éprouvé
l'envie de rester très longtemps à me geler les pattes dans cet environnement.
Le fauve de la maison lui semble plutôt apprécier. Je l'ai guettée depuis le haut
du fauteuil à travers la vitre et son courage m'a sidéré. Elle part avec enthousiasme
en bonds énormes tandis que je ne suis capable que de me secouer misérablement les
pattes.
Ce chat est un vrai modèle pour moi. Elle m'a appris le tricotage mais maman dit
que je pratique plutôt le massage sadique. Cela me remplit de joie de lui triturer
le ventre ou le dos en ronronnant alors elle me laisse faire jusqu'à ce qu'elle n'en puisse
plus. Quand elle en a marre de mes pattes s'enfonçant dans son estomac, elle me
couche et je m'endors pleinement satisfaite. Ceci dit, elle a pris des mesures
contre mes griffes trop acérées et j'ai désormais droit à ma manucure régulière
en plus des brossages.
Bref, il a bien fallu revenir à la maison, les vacances n'étant pas infinies.
Cette fois, cependant nous avons ramené un invité. C'est un gros cube ronronnant,
nanti d'un téléviseur, d'une boite pleine de touches et d'une curiosité qui roule.
Maman a eu bien du mal à transporter tout cela à la maison mais elle a eu l'air
si ravie de ses trouvailles que moi cela ne m'a dit rien qui vaille.
Le nouvel arrivé a de bons cotés, je le reconnais. Tout d'abord, je lui dois
l'installation du bureau et je peux désormais me percher bien plus haut qu'auparavant.
Un fauteuil aussi est apparu, il est en osier et j'y fais mes griffes autant que
mes siestes. Enfin une grosse corbeille (en osier aussi) trône désormais dans la
pièce à toilette.
Cependant, il est une chose qui m'ennuie beaucoup. Depuis que le monsieur qui
fait des trous dans le mur est passé, maman perd beaucoup de temps à tapoter sur
cette chose et du coup je me sens seule.
Pensez qu'à peine arrivée, elle commence par réveiller la chose (un ordinateur
a-t-elle dit) avant même que de penser à me faire une caresse ou deux et c'est
devant lui qu'elle prend les repas qu'elle faisait avant assise sur le lit.
Enfin ce n'est que très tard le soir qu'elle l'éteint et son rythme de sommeil
en est tout écourté (pas question avec un écran de le cacher pour lui rappeler l'heure).
'A croire qu'il a pris ma place !'
D'un autre coté, je ne l'ai jamais vu dormir sous la couette, jamais il n'obtient
de gamelle savoureuse et jamais maman ne lui a donné le pot de yaourt à terminer.
Pourtant j'en suis terriblement jalouse à m'en faire des poils blancs.
'Hihi je sais ! Je le suis déjà des oreilles au bout des pattes'
Je n'y peux rien, j'ai un syndrome parfaitement félin … L'égocentrisme haut placé.
Il me faut donc trouver une solution.
J'ai tenté de faire tomber la grosse télé mais elle est beaucoup trop lourde.
J'ai tenté d'attaquer les fils mais un 'Suuuuuuffffffffiiit !' terrible m'a laissé
à penser que ce n'était pas un bonne idée. Je me suis couchée sur la boite à boutons
mais maman m'a gentiment posé sur le lit alors je réfléchis à une solution plus
diplomatique.
'J'ai trouvé, c'était bête comme choux !'
Voilà, il suffit que je me perche sur la grosse télé et maman n'a d'yeux que pour moi.
Un balayage de queue sur l'écran, elle fronce les sourcils. Parfois même elle joue
avec ma queue comme moi avec les fils, elle l'attrape, l'écarte d'une tape et moi
pour lui faire plaisir je la ramène nonchalamment en travers de l'écran jusqu'à ce
qu'elle soit agacée. Une roulade, elle s'inquiète du risque de chute, c'est fou ce
qu'elle peut être mère-poule. Parfois, je reste tout simplement à la regarder pendant
qu'elle rit sans raison en lisant son écran et ça me fait du bien de la voir heureuse.
J'ai l'impression de veiller sur elle depuis là-haut et le ronron de la machine me
donnent des rêves magnifiques.
Je n'aurais pas pensé mais cet ordinateur est la meilleure des choses. Il est tout
en un, un jeu pour maman, un jeu pour moi (vous me verriez passer des heures à
poursuivre des deux pattes les arabesques clignotantes de l'écran ou la petite
flèche qui monte et qui descend !). C'est aussi un point de vue magnifique.
Un abri contre l'aspirateur (c'est le nom du monstre soufflant) et la seule créature
ronronnante que je connaisse qui ne soit pas un chat. Je l'aime bien cet animal
mais il faudra qu'il apprenne à partager l'attention de maman car j'étais là avant
et je resterai sa préférée.
Nous formons une jolie famille tous les trois et cela durera bien jusqu'aux prochains
frimas.
Chapitre 6
J'ai eu un an en mars, je suis une grande fille désormais.
'Comment ça je suis toujours une fofolle ?'
Bon c'est vrai que chez les chats l'âge adulte est très relatif. En fait, il est
fort probable que tout en mûrissant nous soyons condamnés par la situation à l'enfance
permanente.
'Pourquoi?'
Tout simplement parce que si vous êtes nos parents alors vous êtes aussi le modèle
du chat adulte. Or d'un point de vue physiologique, il nous est impossible d'atteindre
votre état. De plus, il faut bien avouer que maman n'est elle-même qu'un référent
relativement peu adulte. Elle est très fantasque ma demoiselle et c'est comme cela
que je l'aime. Laissons donc là le concept et concluons que le syndrome de Peter Pan
a encore fait des victimes.
La petite vie s'écoule doucement, il y a eu Noël et mon premier sapin. Sacré partie
de fêtes que ce sapin, il m'a offert durant quelques semaines des jouets en cascade
et des bêtises inépuisables à réaliser. Il est même mort un soir couché par mon
emportement à chasser le petit ange en bois d'une des branches du haut. Maman n'a
guère apprécié mes talents de chasseuse mais elle l'a cherché à me mettre tout cela
sous le nez. Désormais, c'est l'été qui s'approche et bientôt nous partirons m'a-t-elle
dit. En attendant, elle sort beaucoup ma demoiselle avec des gens qui lui écrivent sur
l'ordinateur. Il y a ceux qui la font rire et ceux qui la fâchent mais le plus important
dans tout cela c'est que j'ai l'intuition d'un bouleversement à venir.
Nous sommes lundi, le début de la semaine (j'ai beaucoup appris en quelques mois), et
maman s'est préparée pour partir au dehors. Elle va au "BU-RO" en soupirant et par
obligation je pense. C'est vrai qu'elle préférerait rester avec moi (Quoi nombrilisme ?).
Je remarque néanmoins qu'elle a l'air plus excitée que d'habitude. C'est peut être la
fatigue (elle a passé ces nuits sur l'ordinateur) ou alors elle va encore sortir ce
soir et je ne la reverrais pas avant la nuit. Nous verrons bien, elle s'en va sur une
caresse et moi je m'installe pour ma sieste digestive.
'Clic !' Ce sont les clefs dans la serrure, elle n'est donc pas partie s'amuser ce
soir. "Chouette !" On va pouvoir passer une bonne soirée toutes les deux. 'Aïe !'
Mais qu'est ce que cela ? Un invité ? Un seul ? Sans préparatifs ?". La situation
est troublante. Je n'ai jamais vu la personne qui rentre. Je suis totalement prise
au dépourvue et j'ai peur de ne pas être mise en valeur alors je fais une toilette
rapide. C'est à priori un mâle, il s'intéresse poliment à l'intérieur tandis que
maman nerveuse, rit doucement en nous présentant l'un à l'autre.
'Yoann, Brug's'
Il sent le chat et semble avoir l'habitude de nous autres. Je profite donc de son
expérience en matière de caresses. Maman est déjà occupée à préparer un petit repas
pour 2.
J'observe l'intrus, il y a dans l'air un stress anormal. Ils n'ont pas l'air de se
connaître vraiment et c'est un peu comme deux chats qui se cherchent. Je m'attends
à tout moment à les voir partir dans une course folle à travers l'appartement, même
s'il est vrai que vous autres chats adultes ne le faite jamais. Non le jeune monsieur
s'est assis au bord du lit comme une invite à me glisser sur ces genoux mais j'ai u
ne meilleure vue depuis le haut de l'écran. J'ai presque l'impression d'être devant
un film c'est intéressant que cette scène.
Un bon plat de pâtes en main, maman est réapparue et ils discutent tous les deux
gentiment. Ils dévorent les pâtes d'une fourchette et leur vis à vis des yeux. Cela
semble longuet, même mes chasses durent moins longtemps. Je m'ennuie presque et mes
yeux se sont fermés quelques secondes. Quand je les rouvre, ils ont fini leurs
assiettes. Maman a tout rangé dans l'évier et est revenue s'asseoir sur le fauteuil.
Le monsieur est toujours assis au bord du lit. Il paraît décontracter mais je sens
bien qu'il ne l'est pas plus que maman. Je referme des yeux las sur cette scène sans
mouvement. J'ai du m'endormir un peu car d'un seul coup les événements m'échappent.
Ils se sont rapprochés et l'on dirait qu'ils ont enfin trouvé ce qu'ils cherchaient.
De caresses en caresses, la chasse est finie et la scène perd soudain de son intérêt
à mesure que ma jalousie se réveille.
'Maman est à moi, pour qui se prend-il celui là?.'
Je miaule de dépit mais on ne m'écoute pas. Ils sont dans un autre monde.
Ils m'ont ignoré longuement puis il est parti et maman m'est revenue. Je suis fâchée
d'avoir été délaissée et fâchée de l'avoir laissé prendre ma place par curiosité pour
un événement nouveau. Tout cela ne se reproduira plus. Il n'est pas question de
partager maman avec une personne de plus.
Le lendemain cependant, j'ai tout oublié. Maman est repartie comme en 14. Elle prend
sa douche rapidement, déjeune sur le pouce et pars pour sa journée sur une petite
caresse. Je passe une journée agréable. Maman a oublié de fermer l'armoire et avec
quelques efforts, je me hisse tout en haut. La vue est impressionnante et je peux
m'endormir fière de mes nouveaux exploits.
Rentrée de bonne heure, maman est de bonne humeur malgré mes bêtises de la journée.
Elle ne me dispute même pas. En fait, elle attend.
'Elle attend quoi ?'
Et bien elle attend que la boite grise sonne, elle la transporte partout même dans
la salle de bain. Enfin elle sonne et je vois ses yeux briller d'un éclat incroyable.
Je n'avais plus vu cela depuis le jour de notre rencontre ou presque. Elle parle
longuement elle a l'air heureuse et je sens une boule dans ma poitrine. Elle a changé,
je ne suis plus la seule lumière de sa vie.
Chapitre 7
J'ai pensé un moment que cette petite vie qui avait été la mienne durant presque un an
devrait être celle de toute ma vie mais j'ignorais alors que les parents voient leurs
vies évoluées et qu'il faut bien s'y faire. Ce que je veux dire par-là c'est qu'il est
revenu et encore et encore le monsieur. En fait, il a accaparé maman a tel point que
j'en aurai bien fait une grève de la faim si seulement j'avais été moins gourmande ou
une grève du câlin si j'avais été moins chat. Il est devenu très spécial, je pense,
pour ma demoiselle.
'Comment dit-on ? Je sais, on dit qu'elle a trouvé son chat-sœur !'
(un bien joli jeu de mots n'est ce pas ?).
Touchée en plein cœur et 'bing !' C'est le fatras dans ma vie. Bon tout d'abord,
la demoiselle a découché (vous imaginez la tête que j'ai pu faire !). Ensuite, il
a squatté MON lit (évidemment à 3 il y a tout de suite moins de place !). Enfin,
il lui a tourné la tête et elle est plus disjonctée que jamais (l'amour ça ne rend
pas seulement aveugle !).
Enfin, tout cela c'était avant les vacances.
'Oui ! Rappelez-vous, je vous avais dit que maman m'avait informé d'un prochain départ.'
Et bien, il est arrivé le départ. Elle a rempli la valise verte (elle est 2 fois
plus grosse que l'habituelle) et a préparé ma caissette de voyage en la garnissant
d'une serviette moelleuse. Enfin, le sac de voyage a été posé en évidence sur la
table à manger avec son sac à main et toutes les petites choses essentielles à cette
aventure. Elle a tout vérifié une douzaine de fois et pour faire bonne mesure, j'y ai
fourré ma truffe pour vérifier le contenu.
Je passe finalement la nuit dans le sac de voyage, calée entre le vaporisateur (je
l'apprécie moyennement celui-ci) et le range CD plein à craquer. J'ai tellement peur
qu'elle ne m'oublie ici. Je rêve alors de forêts exotiques, de folles ballades sans
laisse et de créatures volantes appétissantes.
'Driiing ! Ouf ! Déjà ! Il est tôt !'
Je n'ai guère l'habitude d'être éveillée à poltron minet et je me fais prier ce matin.
Maman, elle a déjà pris sa douche, avalé un ti quelque chose et descendu les valises
à la voiture que j'en suis toujours à bailler devant ma gamelle. La revoilà avec ma
caisse ! Dommage pour ma gamelle pour une fois je ne la finirais pas. Je suis fourrée
en caisse et hop ! Elle part sans plus attendre.
Elle m'a attaché à l'avant, je suis un peu le copilote à cette place. J'aime la voir
conduire et chanter en conduisant. Moi la plupart du temps je somnole mais quand
j'ouvre un œil c'est elle que je vois alors tranquillement je peux repartir dans mes
songes. La musique a tourné à plein régime durant toute la matinée et le début d'après
midi a vu la température augmenter rapidement. Maman fatiguée c'est déjà arrêté 3 fois
et j'ai pu me dégourdir aussi les pattes. Pour ces cas là, j'ai une jolie laisse tout
à moi et maman me porte sur son épaule. Il n'empêche que le voyage s'éternise et sous
cette chaleur je ne me plains même plus des coups de vaporisateurs que maman me fait
subir toutes les 15 minutes.
'Boum !' Je ferme 2 ou 3 heures les yeux et voilà les catastrophes, maman joue aux
auto-tampons. Elle s'arrête pour aller voir les dégâts, on a touché le parapet. Je
ne sais pas trop quel est le résultat mais maman est morte de rire. J'ai cependant
l'impression que c'est carrément nerveux. Bon et bien tant pis pour la jolie voiture,
elle aura droit à un coté tout neuf plus tard. En attendant, on est arrivé et j'ai
découvert un univers étrange.
Il fait chaud par ici et ça sent tout à la fois, la sève, le chien, la terre et autre
chose que je ne connais pas du tout. Maman dit que c'est l'air de la mer. La maison
est très grande et après un nez à nez avec le chien du coin, nous avons fait un deal.
Je reste en haut, il reste en bas. En haut, il y a déjà beaucoup d'espace.
Il faut dire que cette maison est pleine de gens qui entrent, qui sortent. Il est
difficile de savoir qui est un habitué et qui est de passage par là. La maison abrite
aussi le chien (une espèce de grosse bestiole bavante et bruyante qui m'a faché pour
longtemps avec l'espèce canine (maman a été obligée de me décoincée de dessous un
canapé où la peur m'avait fourré), une piscine (genre de grande baignoire pour les
hystériques adorant l'eau), et un ordinateur comme à la maison (sauf qu'ici elles
tapotent et rient à plusieurs devant).
Il ne m'a fallu qu'une seule journée pour faire mon nid à l'étage et pour découvrir
que j'adorais me balader sur les toits. Ils sont tout plat et permettent d'aller d'une
chambre à l'autre même en pleine nuit. C'est un vrai bonheur que cet endroit.
Maman part tout le temps, à droite, à gauche avec 1 puis 2 amies retrouvées ici. Le
matin, c'est dans la piscine (un espèce de grosse baignoire !) qu'elle s'amuse.
'Jamais je ne comprendrais l'attrait que l'eau a pour elle !'
Ensuite, elle prend la voiture et s'en va jusqu'au soir. Elle a pris des couleurs ma
maman et elle a le goût du sel désormais. Le séjour lui a fait du bien et moi aussi j
j'en profite bien. Je n'avais jamais eu autant de liberté auparavant. On mange bien,
on dors bien, on s'amuse bien, de vrais vacances que ces 2 semaines à la mer.
Mais comme toujours les bonnes choses ont une fin et 'zou !' un beau matin, on est
reparties toutes les deux pour Paris. Moi avec beaucoup de nostalgie, elle avec un
mélange de regrets et d'impatience. Elle imaginait déjà ses retrouvailles avec le
monsieur que moi je ne rêvais encore qu'à retrouver ma petite vie tranquille. Nous
sommes rentré, il était là.
Chapitre 8
Il a fallu que je m'y fasse, nous ne sommes plus 2 (enfin sans compter l'ordinateur)
mais 3 et j'ai du me résoudre à partager le cœur de maman avec cet inconnu qui ne
l'est plus autant. C'est un jeune homme très bien, qui sait y faire avec les chats.
Sa capacité à me flatter d'une caresse ou à me remplir ma gamelle le prouve.
Il reste de plus en plus souvent à la maison. Parfois il passe une nuit. Souvent,
il repart en plein milieu de la nuit. Je n'aime pas trop quand il s'en va comme cela
parce que maman part aussi et elle revient si tard que nos nuits se réduisent comme
peau de chagrin. Du coup, elle est très fatiguée et elle perd beaucoup de temps à
dormir les week-ends (et là forcément ce sont mes séances de câlins, brossage et
autres folles poursuites qui passent à la trappe).
Noël est arrivé et reparti tout aussi vite, le temps file à une vitesse stupéfiante.
Revoilà la chaleur et revoilà la perspective des grandes vacances. Maman dit qu'elle
ne sait pas trop ce qu'elle va faire. Elle est bien embêtée à cause de moi. Figurez-vous
qu'il y a des endroits où l'on ne peut pas emmener les adorables et charmantes petites
chattes comme moi. L'endroit s'appelle un camping et, si j'ai bien compris, il n'y a
pas, là-bas, de portes aux maisons. Il est ainsi difficile de m'emmener moi. Je suis
très énervée, je cours partout pour me défouler. Moi je ne veux pas qu'on me laisse
ici toute seule. C'est curieux cette façon dont maman me regarde désormais avec soucis
et résignation. Je pense qu'elle a fait son choix. Ils vont partir et moi je vais
rester là toute seule c'est triste à mourir comme situation. Que feriez-vous si vous
deviez choisir entre votre égoïsme et le bonheur des gens que vous aimez ? Vous feriez
comme moi sans doute vous choisiriez votre égoïsme.
Cependant, elle a fait les bagages et j'ai boudé sur ma chaise. Elle a voulu me faire
un câlin, je suis partie sous le lit. Elle est sortie de l'appartement, je l'ai regardé
partir sans ces larmes qui me sont interdites. Un jour, le monsieur des poubelles et
du balai est venu me nourrir. Deux jours, toujours cette gamelle que l'on emplit et
le temps qui s'écoule. Trois jours, j'ai ravagé quelques papiers et attendu encore et
encore. Quatre jours, j'ai des poils qui volent, des araignées qui trottent et moi
qui déprime. Cinq jours, la colère m'a gagné. six jours, 'Je veux ma
MAAAAAAAMAAAAAANNNN !'. Sept jours, mon instinct me dit que l'attente est finie,
je vomis mon dernier repas, je ravage ma caisse et j'attends de pattes fermes.
'Clic !' Les clefs dans la serrure, je n'ai pas besoin de fuir, je sais très bien que
c'est elle. Elle entre, bronzé, sentant le sel et avec un sourire à réchauffer les
glaces de la banquise arctique. Je miaule, je miaule et je re-miaule, je la veux tout
à moi. Je m'installe sur son épaule, je savoure chaque caresse, je me frotte à elle
oublieuse des dégâts causés de ci de là (il sera bien temps d'y songer quand les
hurlements commenceront). Non ! Elle a tout nettoyé sans hurler, elle m'a fait plein
de câlins et elle supporte stoïquement ma frénésie. Elle s'assoit, je suis sur ses
genoux; elle se lève, je la suis. Elle se couche, je me couche sur elle; elle se
relève, je la suis. Le manège durera 48 heures mais c'est le prix à payer pour
l'abandon du chat que je suis. Je passerai cette nuit la meilleure des nuits, blottie
enfin contre ce corps qui m'a tant et tant manqué.
Il était dit pourtant que cet été là serait plutôt mouvementé. A peine notre sérénité
retrouvée, nous sommes tous repartis illico dans la grande maison; Maman, moi et le
jeune galant de ma maman (je sais, on devrait dire moi en dernier mais moi c'est moi).
A l'arrivée, la maison était vide et il n'y avait pas le papa et la maman de ma
demoiselle. Le gros gros chat lui était là par contre.
'Tiens ! Au fait ! Elle s'appelle 'Maou'. Ridicule non ?'
On y est resté 1 semaine mais j'ai surtout vu les étages moi car en bas, beaucoup
de monde et un chien atroce étaient souvent présents. C'est le chien le plus bizarre
du monde, petit, long avec de petites oreilles en pointe et sans cervelle aucune.
Une ironie de la nature à n'en pas douter. Il y avait beaucoup de bruits et de cris
le soir, des rires et des bêtises bien entendu. Un anniversaire, un mariage et hop !
Tout le monde au lit ou presque.
'En plus, le temps, boudiou ce temps !'
Il faisait une chaleur à faire cuire un chat au soleil et l'herbe du jardin était
toute carbonisée. Malgré tous ces désagréments, le fait d'être cette fois venue avec
maman et on va dire papa (vu le temps qu'il squatte mon intérieur il peut prendre
les responsabilités qui vont avec) m'a réjouie et je me suis sentie en vacances.
Maman a fait le plein de chocolat (comme d'habitude) et on est retourné à l'appartement.
Enfin, ils m'ont re-abandonné pour aller dans un truc qu'on appelle la Normandie.
Apparemment ce serait le lieu de vie de la maman de mon nouveau papa (grand-maman
si on veut). Pour l'occasion, j'ai été laissée à la garde d'un type très bizarre.
Ce n'est pas qu'il soit méchant non ! Mais il a une brutalité et des manières
effrayantes. M'enfin je ne suis pas folle non plus, quand il y a des mains et des
genoux pour les caresses, j'en profite. Et au retour de mes parents et bien j'étais
presque calme et détendue. Presque il ne faut pas plaisanter non plus, une séance
d'hystérie et d'incruste est absolument indispensable pour marquer de manière
parfaitement féline notre désaccord. Il faut d'ailleurs que l'on ne remette pas
les crises au lendemain car c'est fou ce que l'on peut être tête de linotte nous
autres.
Et puis les séances de soirées écourtées par le départ de papa a repris. Un jour ici,
le lendemain absent, la situation me pèse car je me sens comme une orpheline à temps
partiel. Maman aussi en souffre un peu mais il est vrai que c'est si petit chez nous
qu'on imagine mal y installer définitivement un couple avec son chat. Nous ferons
avec pendant encore un moment ou alors ??? La roue de temps et du hasard tourne si
vite.
Chapitre 9
Il fait de plus en plus frisquet. Il faut dire que l'automne va bientôt céder la
place à l'hiver et que maman n'allume guère le chauffage. Elle est adepte de
l'empilage de pulls et de couettes car le chauffage est électrique et que son
banquier est acariâtre (mais n'est ce pas aussi courant que les chats curieux ?).
Bref même moi je me gèle les moustaches et je passe mon temps à nicher sous la
couette en rêvant des jours de chauds soleils méditerranéens. Sauf quand je m'en
fais virer par nos deux tourtereaux, forcément ! Encore qu'en me faisant toute
petite j'arrive parfois à passer inaperçue ! .
Il y a un truc que je ne comprends pas ? Quand ils sont ensemble, il leur arrive
de jouer à la bagarre alors moi j'aimerais y participer et chaque fois que je m'en
mêle, ils stoppent le jeu. Par exemple, ils passent beaucoup de temps à se chamailler
et maman part dans de grands fou-rires alors je viens lui mordiller les mollets ou
j'attaque à la griffe mais son rire s'arrête et elle m'envoie valser en criant
'BRUUUUUUUU-GEEEEEEEEE !'. Bon je sais les parents chat sont des doudouilles de
première mais bon ! Ils pourraient faire un effort, je veux jouer moi aussi.
Tiens, on reparle de Noël. Bientôt le sapin, bientôt les bêtises à répétition et
le chocolat à manger. Mais maman parle aussi de beaucoup d'autres choses en ce moment.
Il semble y avoir un petit souci avec papa ?.
'Qu'est ce que c'est que cette histoire de déménagement ? Je ne veux pas partir moi !'
Eh Bien non ! Ce n'est pas moi qui pars, c'est lui qui arrive. Nous allons enfin
devenir une famille à part entière. 'Quel choc !' Je ne sais trop quoi penser de
tout cela. J'en fais des crises de frénésie. Oui ! Vous savez ces moments où nous
courrons d'un mur à l'autre en sautant sur les meubles, sur vous, sur les fenêtres
au point que l'on pourrait nous prendre pour des canards sans tête. Je ne me calme
pas beaucoup, je suis tellement énervée par cette nouvelle.
'Le pire c'est que je ne sais même pas à quoi cela va ressembler ce déménagement !'
Va-t-on faire comme pour moi, le mettre dans une caisse et l'amener ici ? Non !
Il vient déjà ici tout seul ! Alors c'est qu'il doit emmener son doudou et son
oreiller personnel peut-être.
Pfffuuu ! Vous m'en reparlerez de doudou. Les parents chat, quand ils débarquent,
ils le font avec armes et bagages. Ils ont fait 3 voyages et à chaque fois mon espace
vitale est devenu plus ridiculement petit. Des cartons, un nouvel ordinateur, une
colonne, une boite à musique, des tas de boîtiers (qui renvoient la lumière pour
mon plus grand bonheur), des habits, des chaussures, des objets hétéroclites, une
brosse à dents, une trousse plein de parfum et j'en passe et des meilleurs. Une
chaise de bureau aussi, autrement dit en langage félin, un nouveau lieu de sieste
pour moi. Elle est sympa, toute bleue et rembourrée. Par contre attention, elle
tourne la garce !.
Et nous voilà depuis quelques jours dans un bazar terrible. Le positif de l'histoire
c'est que papa reste à la maison lui. J'ai donc toujours quelqu'un à ennuyer. Il passe
toute la matinée sur l'ordinateur et il ne souhaite pas jouer avec moi dans ces
moments là donc moi je reste au-dessus de l'écran. Puis l'après-midi, il commence
à se détendre et j'en profite à plein entre deux siestes.
Encore une nouveauté, tout à l'heure en rentrant, ils ont parlé longtemps d'une
certaine Oasis. Je n'ai pas tout compris mais ils voudraient qu'elle emménage aussi.
J'imagine mal où l'on pourrait encore fourrer quelque chose dans notre chez nous.
Il faudrait leur dire qu'il existe un truc qui s'appelle 'COMPLET' et qui s'applique
très bien à notre intérieur.
De toute façon, quoique je dise, on ne m'écoute pas et 'hop !' Aussi sec, ils sont
repartis chercher la fameuse inconnue et tout son fatras. Navrée, je me poste tout
de même à la fenêtre, je veux voir ce qu'ils vont ramener.
'Horreur !!!!!! Oasis c'est un chat !!! Un affreux, un vilain, un autre chat !.'
Je me sens carrément trahie là. C'est chez moi ici, je ne vois pas ce que l'on
pourrait faire de cette bestiole agressive et pssssichante.
Son panier est installé au-dessus du frigo et sa caisse dans la salle d'eau (j'espère
qu'elle se fera éclabousser na !). Il faut vous la décrire et vous me donnerez raison
bien certainement. Voilà c'est une grosse bestiole (moins imposante néanmoins que Maou)
qui n'a pas l'odeur des mamans-chattes. Elle est aussi noire que je suis blanche et
colle ses poils partout comme si elle était chez elle. Elle a de grosses pattes avec
lesquelles, elle me donne des claques et de gros yeux jaunes terrifiants. Sa voix
surtout est monstrueuse, c'est un enrouement permanent qui transforme chaque
miaulement en un grondement hystérique qui tape rapidement sur les nerfs. Elle me
ressort carrément par les griffes.
La nuit a été rude, bagarres, courses, coups de patte et feulements ont résonné
jusqu'au matin. C'est le désespoir du coté de ma demoiselle, la consternation du
coté de papa. C'est de leur faute, ils n'ont qu'à assumer, jamais je n'accepterais
cette concurrente là !.
Au matin, comme fait exprès, elle s'est mise à miauler et à réveiller tout le monde
à grands cris. Tout ça pour se jeter sur sa gamelle comme une morfale et dès que
j'ai eu le dos tourné pour finir la mienne (Grrrrrrrrrrrr).
Papa a crié mais ça n'y a rien changé. Maman a tapé et elle s'est un peu calmée
(faut dire que maman, elle ne tape pas pour de faux !). Gare aussi à mes fesses,
on ne sait jamais.
Chapitre 10
J'en passe par la pire période de ma vie. La cohabitation avec
cette chipie d'Oasis est un enfer éternellement renouvelé. Elle ne sait quoi
inventer pour m'ennuyer.
Le matin, par exemple, je me suis accoutumée à très très peu miauler.
'En fait, il m'est arrivé un matin de miauler à qui mieux mieux (il y a de cela
quelques temps déjà) mais maman étant de mauvaise humeur ce matin là, j'ai pris
une rouste dont mes fesses se souviennent encore.'
Bref, j'ai appris depuis que taper sur les nerfs n'est pas la meilleure manière
d'obtenir une bonne gamelle mais le plus sûr chemin vers la punition. En attendant,
la monstruosité noire, elle, ne l'a jamais appris et tous les matins c'est le même
cirque. Elle miaule et miaule et miaule jusqu'à obtenir son content de nourriture.
Elle prend sa part de fessées bien entendu mais cela ne diminue pas autant la
fréquence que l'intensité des miaulements. J'en viens à devoir lever la voix pour
me faire entendre aussi le matin au risque d'exaspérer un peu plus maman.
Il y a des matins où nos parents passent tellement de temps à tempêter sur cette
caboche noire féline miaulante que maman part en retard pour sa sortie journalière.
Quand à papa, il est en rage et forcément à la moindre incartade supplémentaire
'Badaboum !'.
Remarquez et ceci est important, il ne sait pas punir. Si si c'est bien cela il ne
sait pas punir car tout le monde ne peut pas punir un chat. Comprenez qu'un chat
est avant tout un concentré d'obstination et de cervelles de moineau. Ainsi, il
n'est que peu de choses qui nous marquent vraiment ... les fessées de papa font
indubitablement partie des évènements tellement insignifiants pour nous que nous
ne prenons certe pas la peine de nous demander comment les éviter.
Ceci étant les miaulements finissent toujours par s'éteindre à l'orée des gamelles
pleines. Et c'est là que se déroule le second crime de ma colocataire féline détestée.
Elle me vole ma gamelle et ce depuis le premier jour. Depuis elle n'a cessé d'y mettre
le nez. Ce n'est qu'après avoir été durement rappelée à l'ordre qu'elle a daigné
cesser de manger ce qui ne lui était pas destiné (ben vi les fessées de maman
peuvent être super marquantes !).
Deplus, mon panier est devenu sien dès la seconde semaine. Je pourrai le lui
disputer mais il y a son odeur dedans alors je n'en veux plus (monomaniaques
les chats n'est ce pas ?).
'Bon d'accord c'est aussi parce que j'ai trouvé mieux que je n'en veux plus !'
Enfin, il y a le problème de ma caisse. Il faut vous dire, qu'elle a la sienne.
Une grosse caisse avec un toit et tout et tout. Rien à voir avec mon bac en plastique
tout simple. Et bien elle ose quand même venir mettre ses pattes dans la mienne et
pire elle ne supporte pas quand moi j'y mets les pattes. Pas le temps de recouvrir
quoi que ce soit, je dois fuir pour échapper à cette furie.
Cependant j'ai trouvé le moyen de me venger de tout cela. J'ai découvert le chemin
de la gamelle de ma concurrente, je me suis approprié la chaise de bureau bleue et
je squatte à l'envie la grosse caisse de la miss.
'Je ne vais pas me laisser dépouillée hé hé hé ! Œil pour œil, croquette pour
croquette c'est la devise du chat !.'
Reste que cette vilaine n'est qu'une jalouse (quoi moi aussi ? Nous parlons d'elle !).
Cette jalousie la rend aussi très agressive. Bon il est vrai qu'il est amusant de
courir de temps en temps dans l'appartement mais avec elle c'est quasiment tout
le temps. Heureusement la belle n'est pas agile et j'ai vite fait de lui faire la
nique en me perchant en haut de l'écran ou du téléviseur. Vous la verriez, elle
est pataude la pauvre. Elle a 8 ans m'a-t-elle dit entre deux batailles et elle
se croit bien supérieure à moi.
'Vous savez un truc du genre, le respect du à ses aînés et gniagniagnia et
gniagniagnia !'
Bref elle promène ses fesses noires lustrées d'un bout à l'autre de mon chez-moi
avec des airs de princesse outragée tandis que je la snobe du haut de mon perchoir.
Maman et papa en rient souvent trouvant que nous sommes finalement aussi immatures
l'une que l'autre (même pas vrai !).
Là où ils ont beaucoup moins rit c'est à Noël. Noël et son sapin de Noël :
'Ils sont partis un après midi (rien de très anormal à cela) mais sont revenus
assez tard. Entre temps la guerre des nerfs avait eu lieu entre la miss noiraude
et moi-même. Rien de très grave au début, quelques chamailleries, un vol de
gamelle, un emprunt de caisse, une ou deux courses et quelques rebuffades.
Mais l'attente se faisant plus longue, Oasis s'est mise à se plaindre et je
vous jure j'ai tenu tant et tant qu'à la fin j'en avais mal aux moustaches.
Du coup, je suis descendue de mon perchoir pour la faire taire (non ce n'est
pas méchant !) Et 'boum !' Un coup de patte. Bien entendu, je n'ai pas attendu
la réponse et me suis sauvée à toutes pattes. Le malheur c'est de vivre dans un
petit espace. Du coup, la poursuite est devenue frénétique et nous avons terminé
notre course ... dans le sapin de Noël.
Adieu boules, guirlandes et petits anges, le sapin les 4 fers en l'air sonnait
les prémisses d'une sanction bien méritée.'
A l'arrivée de nos parents, le désastre ne pouvait guère être masqué et dans un
silence de mort je me suis vue transportée honteusement au coin (dans la salle
de bain) avec pour toute compagne une Oasis inconsciente d'avoir été punie.
Cette expérience fût la première d'une longue liste. A croire que nous ne pouvons
pas rester toutes les deux sans faire de bêtise plus grosse que nous.
Chapitre 11
La vie est bien animée désormais car avec 4 personnalités dans un
aussi petit espace, il y a forcément des tas d'événements formidables à vivre. Enfin,
formidable c'est ce que l'on pourrait appeler un terme générique car il y a des hauts
et débats dans tout relationnel.
Déjà rien que ma camarade noiraude et moi et le ton est donné. Courses poursuites,
petites mesquineries et grosses colères, l'appartement et les objets préférés de
maman font les frais de nos diverses prises de griffes. Ce n'est guère méchant
mais l'on ne serait pas chat si l'on ne jouait pas au jeu qui porte le même nom.
Ce jeu là me convient très très bien car moi je grimpe sans problème (sauf si la
casse compte) alors que la grosse mémère ne peut que me jeter des regards menaçants
depuis les sols. De temps en temps néanmoins elle a la patte leste et 'paf !' une
grosse claque pour moi (il faut savoir être bonne joueuse, ce n'est qu'un prêté
pour un rendu). Le jeu a parfois aussi lieu sur le lit. Les règles sont simples,
quand maman rentre du dehors, elle pose ces affaires sur le lit. Le but du jeu
consiste alors à s'y percher le plus longtemps possible et d'empêcher l'adversaire
de prendre la place. Enfin, il y a les courses du soir (quoi espoir ?) Non je ne
parle pas d'aller chercher de bons pâtés ou des sachets de croquettes dans le
grand libre-service mais de poursuites, de gambades, le courses effrénées dans
un appartement dévasté, par-dessus le lit, sur les bureaux, dans les cartons et
accessoirement sur le ou les parents gentiment blottis sous la couette (ce genre
de faux pas mettant généralement fin au jeu sur un hurlement dévastateur).
D'un autre coté, il y a nos parents (Sacrés bestioles que ces deux là !). J'avoue
que j'avais de temps à autre du mal à comprendre ma demoiselle mais depuis qu'ils
sont deux, c'est carrément le grand mystère. Ils ont des jeux très spéciaux, pas
la peine d'y mettre le nez, ils vous envoient paître. Parfois, ils se font des
repas curieux aussi, ils allument des petits feux partout, éteignent les lumières
et passent presque 3 heures à table à picorer dans leurs assiettes en se chipouillant.
C'est trognon à regarder et souvent je m'endors en m'attendrissant sur ces deux
adultes jouant comme des enfants. D'autres fois, ils rentrent à des heures
irrégulières pour repartir aussitôt, rentrent enfin couverts d'odeurs inconnues et
pleins de rires insensés. Souvent encore ils se prêtent à un autre rituel dément qui
consiste à s'enfermer dans la salle de toilette. Ils passent alors un long moment
à baigner dans l'eau (et oui lui aussi a cette manie ridicule de se plonger dans
l'eau !). Bref ils sont déraisonnables au possible.
Du coup, on n'a pas le temps de s'ennuyer à la maison et j'en découvre à chaque
minute.
Ce qui a changé le plus depuis que nous sommes 4, c'est que je ne vais plus à la
campagne. Soit ils partent tous les deux, soit je reste ici avec papa et Oasis.
Maman part toute seule là-bas (très bizarre cela non ?) Et c'est un peu comme un
abandon à chaque fois, je crains toujours qu'elle ne revienne pas et pourtant je
sais très bien qu'elle ne pourrait pas être heureuse sans nous (enfin surtout sans
moi !).
'Comment je sais qu'elle va là-bas ? En voilà une question idiote !'
C'est simple, elle revient parfumée d'air frais et couverte des poils de la grosse
peluche féline qui vit à la campagne. De fait, je sais donc où elle est allée et
je ne comprends pas vraiment pourquoi, moi, je n'y vais plus. Bon je pense que ce
doit être pour tenir compagnie à Oasis qu'on me laisse ici. C'est vrai qu'il serait
injuste de la laisser ici toute seule (quoique !) et puis elle m'a avoué détester
les voitures (la froussarde !). Elle dit qu'elle lui fait peur et que lorsque l'on
prend une voiture c'est pour aller chez le vilain monsieur qui vous pique les fesses.
Elle débloque la pauvre vieille, je n'ai jamais vu quiconque piquer les fesses d'un
chat après avoir pris la voiture. Bref, je suis un peu punie par sa faute.
Enfin, les changements pour le chat que je suis c'est un peu redécouvrir la vie.
Cela explique peut être pourquoi l'on dit que nous autres nous en possédons 9.
Une pour chacune des fois où nos parents décident de faire voler en éclat les
habitudes pour introduire un nouvel individu dans leur cœur. Si je compte bien,
j'en suis à 4 vies déjà :
- Une vie courte faite d'indifférence durant les 6 premiers mois de mon existence
- Une seconde avec l'adoption par ma demoiselle et la création d'un lien fort entre
nous
- Une troisième avec l'arrivée de papa et ces allées et venues entre nos murs
- Une quatrième avec l'installation à 4 dans ce cocon délicieux qu'est notre
appartement
J'ai pourtant l'intuition que tout cela n'est encore qu'une étape et si les
vibrations de mes moustaches ne me trompent pas, il y a des bouleversements à venir.
De toute façon, c'est l'été qui arrive et l'été c'est la période des vacances et des
départs.
Chapitre 12
Et voilà, je le savais l'été arrive, les parents partent. Déjà
5 jours que leur 'ami', le sauvage de service, vient nous nourrir Oasis et moi.
De toutes façons, je sais quand ils vont partir. Ils nous regardent avec un air
désolé et tout à la fois heureux. Mais je suis heureuse pour maman malgré ma
fureur d'être lâchement laissée à la compagnie de miss noiraude car au retour des
vacances, elle est tellement gaie, pleine de dynamisme et si prompte à me faire
des câlins et des brossages que les avantages couvrent bien souvent les inconvénients.
J'oublie donc à chaque fois mes rancœurs égoïstes pour profiter du renouveau de la
bonne humeur.
Avant de partir, ils sortent les caisses du haut de l'armoire et ils courent à droite
à gauche pour laver, sécher et ranger leurs vêtements. C'est une chose que j'ai
toujours du mal à comprendre, ce besoin qu'ils ont de se couvrir de tissus différents
chaque jour, voir plusieurs fois par jour car le soir venu, ils enfilent toujours
autre chose. Il est tellement plus pratique de porter la fourrure même si l'on doit
perdre 1 ou 2 heures à la lisser tous les jours. Il paraîtrait que ce n'est pas très
présentable dans le monde des parents de se balader 'en poil'. Bref, l'âge adulte
c'est finalement l'art de compliquer ce qui pourrait être si simple.
Bon, ils sont rentrés nos voyageurs au bout de près d'une semaine et à peine le
temps de se remettre de cette longue semaine d'abandon qu'ils refaisaient leurs
valises. Il va falloir qu'on les attache ou qu'on les enferme dans des boites pour
qu'ils cessent de s'enfuir ainsi à tout bout de champs. J'ai essayé de m'installer
dans la valise ou de m'accrocher à leurs genoux mais cela n'a pas suffit à les retenir.
'La première semaine, ils étaient là-bas ! Vous savez à la campagne. Là où habite
le gros gros chat pas très amical mais formidable exemple de courage et d'indépendance
félin.'
Par contre, pour ce second départ, ils s'en vont ailleurs c'est certain. Je n'y suis
jamais allé dans cet ailleurs mais une fois j'ai rencontré 3 des habitants de cet
endroit.
C'était un soir, quelques temps après l'installation d'Oasis à la maison. Il y a eu
de la musique dans la petite boite grise de papa. Il a beaucoup parlé avec la boite,
puis avec maman. Ensuite, ils sont partis comme ça dans la précipitation sans que rien
ne le laisse prévoir. J'ai attendu inquiète en dormant consciencieusement sur
l'ordinateur et me suis éveillée en sursaut toute barbouillée au déclic de la serrure.
Il était très tard. Une dame, un chien (beurk !) et un chat en boite les accompagnaient.
Oasis m'a avoué après qu'elle avait vécu un moment avec eux mais dans son ancienne
maison sauf le chien (sale bête !). Toujours est-il qu'ils ont mangé un morceau en
discutant beaucoup et que papa a fait ses valises pour partir avec la dame et les 2
intrus à 4 pattes.
'Ouf ! Un peu plus on se retrouvait à 7 dans ce tout petit appartement.'
C'était la première fois que nous restions seuls maman, Oasis et moi.
Enfin, pour en revenir à cet été et aux voyages de nos parents, lorsque maman et
papa ne partent pas à la campagne, ils s'en vont voir la dame, son chien et le chat
en boîte. Ils reviennent sentant la mer mais aussi des odeurs de frais, de chat,
de chien et de fumée. Je n'aime guère cette dernière odeur et c'est très rare qu'on
la respire par ici. C'est seulement de temps à autre quand les parents sortent le
soir ou lorsqu'ils s'en vont dans cette 'Normandie' (c'est le nom que j'ai entendu)
que j'ignore.
On est donc resté encore plusieurs jours à la charge de l'ami de papa et maman.
Il n'est pas méchant mais il manque de douceur avec moi comme avec Oasis. A défaut
d'autres genoux cependant je sais faire fi de mes timidités et m'installe pour une
séance de caresses. Je ronronne pour lui en soupirant après les douces papouilles
de maman et le cœur gros de ne plus pouvoir me glisser contre son ventre chaud le
soir. Car c'est le soir lorsque le petit bonhomme s'en va et que je reste avec seule
compagne Oasis que je me sens vraiment seule. Le lit est là mais il est froid
et vide alors je pose ma tête en avant (une loutre dit maman !) et je m'endors en
rêvant de leur retour.
Après tout cela, ils sont vraiment revenus et la vie a repris son rythme normal
ou presque. Maman rentre un peu plus tard qu'avant et il lui prend bizarrement
de mettre toutes ses affaires en carton. Elle a commencé avec tous les bibelots et
tout d'un coup, les étagères sont devenues vides. J'en ai le poil qui se hérisse
car je songe que des bouleversements plus grands encore sont à venir.
Chapitre 13
L'intérieur, le lieu d'habitat, le nid douillet est une notion
importante pour nous autres chats. J'ai connu au cours de ma courte vie, plusieurs
endroits, plusieurs lieux et de nombreux ailleurs qui résonnent dans ma mémoire en
fugaces images, en restes d'odeurs et en souvenirs de sensations diverses voire
exotiques. Pourtant j'ai aussi un chez moi, cet endroit qui est tout à la fois mon
lieu de vie et le seul endroit que je connaisse par cœur. C'est cet appartement
d'environ 30 mètres carrés où j'ai débarqué, il y a 4 ans en compagnie de maman.
Il y a la cuisine où maman prépare tous ces plats délicieux que je n'ai pas le droit
de frôler ne fut ce que du museau. La cuisine où trône le frigo dans lequel sont
planquées nos terrines de chat et au-dessus duquel siège miss noiraude. La cuisine
enfin, où sont déposées ma caisse, le coffre à linge où je fais mes griffes et le
truc qui soutient le ligne mouillé.
Ensuite, la salle d'eau qui contient entre autres choses ma brosse (le plaisir de
mes samedis), la litière de Oasis (beaucoup plus jolie que la mienne), celle des
parents (très spéciale même pas un grain de gravier), la baignoire (brrrrrrr !)
où se vautrent papa et maman dans de longues séances de noyade volontaire, un tas
de fioles aux parfums curieux et le balais mouillé que l'un ou l'autre des parents
passent régulièrement d'un bout à l'autre de l'appartement (c'est fou ce qu'ils
peuvent aimer l'eau quand même !).
Enfin, il y a la grande pièce où nous dormons et vivons tous le plus. Nous : les
parents, les ordinateurs, Oasis et moi.
Cette salle est très chaleureuse avec un grand lit (celui qui se referme bien que
cela fasse très longtemps que le phénomène n'ait pas eu lieu), 2 bureaux,
2 ordinateurs, un meuble à musique et des étagères couvertes de bibelots.
Tout était parfait ainsi et je ne pensais pas que quoi que ce soit puisse changer
vraiment cet endroit là. Même l'installation de papa et d'Oasis n'avait pas
réellement modifié les choses. Bien entendu, l'espace avait semblé se réduire
avec l'accumulation des nouveaux objets et meubles. Mais c'était toujours chez
moi et c'était aussi bien ainsi.
Tout ça pour dire que depuis un mois, il y a comme un vent de folie qui modifie
mes habitudes et déstabilise totalement la petite cervelle de moineau que je suis.
Passe encore que maman se mette à ranger quelques bibelots, mais là ce sont carrément
les meubles, les livres, le linge et tout qui disparaît progressivement. Ils
emballent dans des cartons et moi je cours en tout sens de peur qu'ils finissent
par m'emballer moi aussi. Le soir, il n'y en a plus que pour cette activité de
rangement, d'étiquetage et de bouleversement et c'est à rendre fou le plus extatique
des chats.
L'autre week-end, ils ont enlevé tout ce qui était accroché et ils ont passé 2
jours à traîner un drôle de rouleau sur les murs. Depuis, tout est blanc et pas
question de poser une patte contre le mur. Les étagères aussi ont commencé à
disparaître et les cartons occupent la moitié de la cuisine et tout un coin de la
salle de vie. Maman parle de camion et de déménagement. Je n'ai pas la moindre idée
de ce que peut être un déménagement et j'ai peur.
Avec Oasis, nous tentons de réguler nos crises d'angoisse et c'est plusieurs heures
par jours que nous passons désormais à courir l'une après l'autre. De distractions
en petites bagarres, j'oublie un peu cette obsession de nos parents qui ne concorde
avec rien de ce que nous connaissons Oasis et moi. A vitesse rapide, je ne vois plus
les changements et je peux encore faire comme si rien n'avait changé et comme si
rien n'allait arriver.
Oasis m'a mis une idée absurde dans le crâne (enfin j'espère que c'est absurde).
Elle m'a dit ceci :
'Et s'ils avaient décidé de partir ?'
' Partir ? Mais où ? Et pourquoi?
Partir, oui peut-être, mais pas sans nous non ?'
Elle n'a rien répondu mais m'a jeté un tel regard que j'ai senti une boule se nouer
dans mon estomac. Du coup, je déprime, je me colle à eux, je les suis comme une ombre,
je les câline et je perds l'appétit. Je sais bien qu'ils ne comprennent pas mes
miaulements (ah si seulement j'arrivais à articuler correctement !) Mais je ne
cesse pourtant de leur demander de ne pas nous laisser toutes seules, de ne pas
partir sans moi. Je n'arrive pas à croire qu'ils pourraient faire cela pas maman,
pas papa et je tremble pourtant à chaque carton qu'ils referment sur ces objets qui
ont toujours constitué mon quotidien.
'Est-ce que quelqu'un pourra m'expliquer ce qui se passe avant que je ne pique
une crise ?'
Chapitre 14
Déjà le WE, 'Dringgg' le réveil, maman saute du lit c'est un vrai
zébulon ce matin (si elle est en forme je devrais pouvoir en profiter un peu !).
'Mais Non ! eh ! youhou ! grrrrrrr ! Je ne suis pas d'accord !'
Elle est sortie précipitamment. 'Vlan !' La porte a claqué (adieu caresses,
brossage, croquettes ...).
Je n'ai plus qu'à aller embêter papa qui est resté au lit Je me perche sur son
estomac (c'est le meilleur endroit, le plus doux, le plus tendre, le plus chaud
aussi) et j'attends mes câlins alors qu'Oasis réclame déjà à grands cris sa
gamelle du matin. Papa grogne (c'est aussi pour ça qu'on l'aime), c'est toujours
ainsi le matin, lui il veut dormir (marmotte !) et nous autres les chats nous voulons
toute son attention (normal !). C'est toujours les présents qui ont tort quand
les chats sont dans la place (surtout quand une excitée comme Oasis est dans la
place d'ailleurs). Il cède enfin et sa main glisse sur ma fourrure pour mon plus
grand plaisir.
'Un peu plus à gauche, un petit coup à droite, un gratouilli sous le menton aussi
et entre les oreilles merci !'
Je suis aux anges ! Enfin je le serais vraiment si Oasis voulait bien se taire 30
secondes, elle est infernale le matin. Ce n'est pas un chat mais une sirène de
pompier ambulante et encore il y a des fois ou je préfère la sirène des pompiers
(vous savez celle qui résonne une fois par mois).
Papa a fini par se lever, Oasis a pris sa volée et reçu sa gamelle (mais quand est-ce
qu'elle comprendra que si elle ne se plaignait pas autant elle aurait sa gamelle sans
la fessée ?). Moi je goûte à peine à la mienne, l'état de l'appartement révélé par
l'ouverture des volets m'a rendu mes angoisses et m'a coupé la faim. Ici tout
n'est que désordre, dégâts et vide, trop de vide et tous ces cartons qui me gâtent
la vue. Papa appelle à tout va et enfin, maman rentre avec leur ami, celui qui ne
sait pas tenir un chat ni même lui faire un câlin décemment. Maman ressort à toute
blinde, téléphone à l'oreille.
'mais qu'est-ce que c'est que toute cette agitation ?.'
Voilà qu'une 3ième personne arrive avec maman sur ses talons (je l'ai déjà vu ce
grand bonhomme là-bas, à la campagne). Et pfffff ! Je n'ai rien eu le temps de dire
ou faire, je me retrouve avec Oasis dans la salle de bain.
'Mais je n'ai rien fait de mal moi !!!!!! J'exige un procès équitable !'
A l'extérieur, on entend la porte s'ouvrir puis se refermer. Les choses bougent.
Les gens parlent beaucoup et pas un pour répondre à mes cris de détresse (miiiii !
miiii !). Maman est devenue folle et papa la laisse faire, le monde tourne à
l'envers. Enfin, la porte a claqué une dernière fois et le silence est revenu.
'On nous laissera donc enfermées ici dans cette toute petite pièce ? Avec elle !!!.'
Je fouine et farfouille mais il n'y a décidément rien à y faire (Même plus une
serviette à déplier ou une bouteille à faire tomber !). Oasis gratte la porte
(elle va encore prendre une raclée) et miaule (comme si cela servait à quelque
chose sans personne pour l'entendre).
'Clic', retour de toute la troupe dans l'appartement et pas un qui ne songe à
venir faire un câlin. Le remue-ménage recommence, ça grince, ça crie, ça rie et
ça se fâche mais rien de très constructif pour moi et ma compagne (j'en ai
marrrrrre !). Tout d'un coup une angoisse terrible me prend et s'ils partaient
sans nous ? Je me remets à miauler en chœur avec Oasis et maman entre 5 minutes
pour nous calmer. Une gratouille à gauche, une caresse sur les oreilles, elle
ramasse au passage, les quelques affaires qui traînent encore et ressort nous
laissant dans notre misère. Je me couche et je ferme les yeux, un petit somme
ne sera pas de trop pour oublier tout cela.
Une fois, 2 fois, 3 fois que je suis réveillée par le retour de nos humains
sans tête. J'ai profité de l'ouverture d'une trappe pour aller visiter les tuyaux
en bas mais ce n'était vraiment pas une bonne idée, je me suis grillée les oreilles
et penaude, j'attends de voir ce que maman va en dire (Aïe certainement pas 'bravo!').
Sur que je n'ai pas l'air fin avec mes oreilles noires et toutes ces tâches grises
qui maculent ma fourrure. J'essaie bien de nettoyer un peu mais peine perdu,
je me suis mise dans un bel état (ça existent les chats dalmatien ?). Quand maman
est revenue, elle m'a regardé et ... elle a éclaté de rire (qu'est ce qu'il y a
de drôle hein ?). Ma tête de petite ramoneuse lui colle carrément le fou rire.
Vexée, je lui tourne le dos mais elle m'attrape et après avoir tenté quelques
minutes de me nettoyer un peu, elle abandonne sur un rire. Enfin elle nous ouvre
la porte et je découvre un espace parfaitement vide. Plus de canapé, plus de carton,
plus de frigo, ni de vêtements dans l'armoire. Il reste seulement nos caisses de
transport, je voudrais éviter la mienne mais maman est intraitable, à peine libre
me revoilà installée dans ma prison de voyage. Oasis rejoint la sienne de la même
manière et nous quittons l'appartement sans vie (le reverrais-je un jour ?).
Oasis est installée à l'arrière et moi au pied du siège, je ne vois que les jambes
de maman et résignée, je m'installe pour une nouvelle sieste bien méritée (je suis
heureuse, ils ne partent pas sans nous). Elle allume le ronron et le cauchemar
commence.
'Mais non ! Rien à voir avec moi ou avec le voyage en voiture, c'est Oasis le
problème (euphémisme, euphémisme).'
Elle m'avait dit qu'elle avait peur de la voiture. Ce n'est même pas cela, elle est
carrément terrorisée par la voiture (je suis navrée, on aurait du laisser Oasis).
Après 2 minutes de route, les hurlements de la noiraude rendraient gaga n'importe
qui. Maman grommelle et je sens que le stress l'envahit à une vitesse impressionnante
(Regardez ! On voit carrément les vagues de tension sur sa peau !). Voilà déjà
qu'elle parle de pendre ou d'assommer Oasis et pour le coup je suis tout à fait
d'accord avec elle (on aurait vraiment du la laisser !). La sirène ne s'arrête
pas, l'atmosphère n'est plus que grognements, hurlements et cris de désespoir.
'Pitié ! Faite la taire mais faite la taire !'
Chapitre 15
Nous sommes enfin arrivé, ailleurs, enfin quelque part (vous
voyez ce que je veux dire ? ici ce n'est pas là-bas, ni chez nous, ni les vacances,
ni la voiture, ni rien d'autre de connu). Ici, c'est un autre lieu, une nouvelle vie ?
Maman est montée avec nous dans une drôle de machine bruyante, qu'elle n'aime pas
(la tension était visible). Bon c'est vrai que vu l'angoisse du trajet j'extrapole
peut-être !. Enfin, on est entré ici. L'endroit était empli avec toutes nos affaires,
les meubles, les cartons, les vêtements, le frigo et même mon meilleur ennemi
l'aspirateur (on aurait pu l'oublier aussi celui-là !). Oasis est partie se cacher
(trouillarde !) et moi ? Eh bien j'ai fait ce que fait n'importe quel chat dans
cette situation, je l'ai suivi (comment ça pas glorieux ?).
En fait, ce que nous ressentons lorsque nous sommes déracinés ainsi, c'est un
mélange de frayeur et d'excitation. 80% d'excitation dans mon cas, 100% de frayeur
pour ce qui est d'Oasis. Ces messieurs/dames ont fini leurs allées et venus sans
que je ne bouge mais je dois avouer que je m'ennuyais sérieusement donc dès qu'ils
se sont posés pour discuter. J'ai quitté Oasis terrée dans un trou et je suis
partie seule en visite.
Je quitte donc la salle de bain, il y a le même truc que l'on rempli d'eau mais
il y a aussi une fenêtre avec une hélice qui tourne sans arrêt dans un léger
ronronnement. Rien d'autre d'intéressant sinon nos gamelles et nos caisses.
Un couloir, c'est par ici que l'on est entré, c'est un peu sombre, je jette un
regard rassuré sur nos parents qui discutent joyeusement avec leurs amis et je
repars en exploration.
Il y a 2 portes, à gauche c'est vide, à droite, il y a tous les autres. Je décide
donc de me diriger à gauche. Une grande salle s'offre à moi. J'y retrouve des
morceaux du lit qui se plie, des cartons, la boite à images et une fenêtre.
'Ohhh ! mais comme c'est curieux, le sol est différent aussi ! Du bois, il y a
du bois partout par terre ! C'est amusant mes griffes cliquettent joyeusement
à chaque cavalcade.'
Curieux aussi personne ne passe devant les carreaux mais l'on voit le ciel et
les nuages.
C'est ouvert, je risque donc un œil.
'Oufff ! c'est très haut, j'ai le vertige, je verrais cela plus tard'
Tiens le meuble noir, la table et les chaises, quel bazar ici et là, il y a de
quoi faire pour fureté dans tous les coins.
Je passe une autre porte et je retrouve la cuisine en version plus petite. Tout
est entassé et je me demande bien comment ils vont pouvoir bouger dans ce réduit
(du moment qu'ils arrivent à remplir la gamelle !).
'Hum ! mes croquettes … Flûte ! c'est fermé !'
Je remarque aussi une fenêtre plus haut, ce n'est guère le moment de faire une
bêtise mais je garde cette possibilité à l'esprit.
On repasse par la pièce de gauche et hop je rejoins la pièce de droite et tous
les convives sont bien trop occupés par eux-même pour se soucier de moi. Il y a
là de nouveaux meubles en pièces détachées, les bureaux et les ordinateurs, encore
des cartons, mon fauteuil en osier et un tas de choses que j'ignorais même exister.
C'est assez hallucinant de voir tout cela étalé partout par terre. Je suis un peu
comme un poisson (chat ?) dans l'eau. Un tel environnement c'est un délice pour
la miss catastrophe que je suis. Je vais pouvoir farfouiller, me cacher, jouer,
casser et courir à souhait dans ce dédale de choses en vrac.
Les bipèdes ont repris leur manège d'aller-retour puis se sont mis en tête de
s'en aller mais là maman s'aperçoit de la disparition d'Oasis.
'Branlebas de combat !'
Oasis n'a pas bougé de son coin (quelle gourde !). Maman et Papa l'appellent
désespérément tandis qu'installée sur une pile, je les regarde s'agiter. Je sais
où elle est moi mais bon, je ne vais pas les priver d'une bonne partie de
cache-cache (quoi cruelle non juste fainéante !).
'Un peu plus à gauche, non dans l'autre pièce.'
Je les encourage doucement.
'Non pas dehors ! Mais qu'est ce qu'ils vont imaginer ! Vous voyez une Oasis
terrorisée comme elle l'est risquer la moindre moustache dehors franchement !!!.
Ils n'ont guère l'esprit de chat ces humains là. Heureusement, ils sont bons à
autre chose qu'à la chasse à la noiraude.'
Maman semble très inquiète, j'ai presque envie de lui donner un coup de patte
mais je suis fort occupée, j'ai repris ma visite des cartons et dessous de meubles,
sans compter les 2 vues magnifiques par les fenêtres. J'appelle la miss bécasse
de temps en temps mais elle ne me répond pas plus qu'à nos parents (une vrai
tête de mule !).
Tout est bien qui finit bien. Maman a fini par dénicher notre trouillarde préférée.
Incrustée dans le pied du lavabo pas moins, c'est terrible de voir un chat aussi
déboussolé (d'un autre coté la pov' vieille elle débloque depuis un moment déjà !).
Ils ont tous retrouvé le sourire et même l'esprit à rire car Oasis est blanchie par
le plâtre tout comme moi je suis noircie par la poussière. Nous formons une jolie
paire de cochonnes tiens !.
Ils sortent tous, Oasis s'installe pour dormir, je m'installe sur le fauteuil et je
ferme les yeux . Plus de cauchemar, plus de peine, nous sommes à la maison. Je suis
chez moi !.
Nouvelle Vie
Chapitre 1
Cela fait un petit moment que je ne vous avais plus raconté ma vie. C'est que j’en était arrivé au moment
où il faut attendre que les choses arrivent pour les raconter. Il faut dire que j’en ai dit de bien belles
choses et que je vous en ai raconté de beaucoup histoires !
" Non je ne suis pas trop bavarde ! C’est Oasis la bavarde, moi je suis la calme, douce et adorable Brug’s !
Bon ça va je sais, je m'emballe mais c'est si bon de rire !"
Bref aujourd’hui, il est nettement temps de vous tenir au courant de tous les évènements ayant marqués cette
longue période de silence. Nous nous étions donc quittés … Hummmm, oui, ça y est, j'y suis, sur le fauteuil
pour ma petite sieste horaire
" et oui nous autres chats nous dormons plusieurs minutes par heure, plutôt que quelques heures par jour ! "
Bon , souvenez-vous le déménagement, les cartons, Oasis et sa peur de la voiture, nos bêtises respectives et
enfin le départ des parents et la sieste bien méritée après de bien trop nombreuses émotions.
Donc le grand chambardement terminé, je m'étais enfin assoupie dans ce chez-moi (euh chez-nous) tout neuf et
très encombré.
" C’est fou ce qu’il y a de cartons quand les choses ne sont pas sur les meubles. "
A mon réveil, j'ai eu un peu peur de cet endroit que je ne reconnaissais pas. Un moment, un moment seulement
j’ai craint d’être de retour dans cette cage à oiseaux, celle-la même qui fut le lieu d’où j’aperçu pour la
première fois maman (que ces souvenirs sont loin déjà ). Je secouais vivement la tête cherchant quelque chose
d’habituel auquel me raccrocher, quand un ronflement sonore me parvint à l’oreille.Je n'étais pas seule, Oasis
était là aussi.
" elle ronfle, je vous le jure ! mais n’allez pas lui raconter que c’est moi qui vous l’ai dit, je le nierais
jusqu’à ma dernière quenotte. "
Vite remise de mon angoisse, des fourmis me vinrent dans les pattes. Il fallait que je bouge, que je parte à
l’aventure.Un étirement, une convulsion, un bâillement et c’était parti. Papa et maman n'étant point revenus
(ah les vilains !), j'entrepris de refaire le tour de mon environnement immédiat. La lumière était hélas tombée
et le peu que j'entrevoyais, m'incitait fortement à la prudence.
" Oui les chats peuvent se diriger dans le noir mais, quand même, la lumière c’est mieux pour y voir ! "
Je me souvenais des empilages plus ou moins stables qui m'entouraient et je songeais que je pourrais bien en
prendre un sur le nez. Enfin, j’ai fait de mon mieux pour ne pas tout faire tomber mais je dois bien avouer
avoir entendu 2 ou 3 petites choses chuter. D'un autre coté, s’ils étaient rentrés, je n'aurai pas tout cassé
non ? Donc tout cela est de la faute de papa et maman.
" Non je ne boude pas ! Je vous explique c’est tout"
Au bout d’un moment, j’ai fini par en avoir assez de me cogner un peu partout. Même les bruits de chute n’étaient
plus aussi amusants qu’au début. Aussi, en grimpant sur une pile puis en sautant sur une autre (non sans me
demander comment tout cela me retomberait dessus) je suis parvenue à atteindre le rebord de la fenêtre. Dehors,
c’était la nuit et le décors me sembla hautement différent de celui qui m’avait été familier durant plus de 2
ans. On voyait la lune toute ronde dehors et d’étranges ombres fantômes. J’admirais avec délice tout cela en
me disant que peut-être je pourrais passer sur ce bord de fenêtre de longues après-midi. Il ferait beau, chaud
et j’y glisserais tranquillement dans le sommeil en prenant le soleil.
" Ahhh la jolie perspective ! "
D’un autre coté, est-ce que Oasis ne prendrait pas l’endroit en siège ?." C’est qu’elle n’est pas vraiment
partageuse la miss dès qu’il s’agit de soleil et de place pour s’y installer ! "Quittant ces sombres pensées,
je revins à mes songes heureux de pacha avachi.
C’est là qu’ils m’ont retrouvés en rentrant, perchée sur ce tas de cartons, en pleine observation, en plein songe
éveillé. J’ai cligné des yeux quand la lumière est revenue brutalement, je n’avais même pas pris attention au bruit
de la clef dans la serrure. Je me souviens que maman a sourit en me voyant sagement assise (c’est qu’elle n’avait
pas remarqué les dégâts dans l’anarchie ambiante) et qu’elle m’a gratté le menton.
" J’adore quand elle me gratte le menton, j’en ronronne de plaisir rien qu’en y songeant ! "
Papa lui était bien trop occupé à discuter avec le grand monsieur à la grosse voix qui était arrivé le matin
même.
Du coup, il a même oublié de venir me voir . C’est une attitude impardonnable, j’ai donc été m’installer sur
ses genoux pour le rappeler à ses obligations :
" S’occuper de moi ! "
Ils ont longuement discuté ce soir là et puis ils ont préparé le coucher pour tout le monde et très peu de temps
plus tard, tout le monde s’endormait. Moi je n’avais toujours pas sommeil, je voulais voir, explorer, vivre cette
nouvelle vie. J’avais presque envie de réveiller Oasis et de l’entraîner dans une course folle entre cartons et
meubles en morceau. Hélas personne n’était de mon avis, ils ont fermés les fenêtres et m’ont contrainte par
l’absence de jour. Je suis donc retourner sur ma chaise et j’ai fermé les paupières sur cette journée pleine de
surprises.
Chapitre 2
Le lendemain du déménagement, notre dernier invité est parti. Je m’en méfiais de ce monsieur là, trop grand,
trop brusque, trop bruyant.
" Typiquement le genre à avoir un chien ! "
Si je dis cela c’est que je me rappellais l’avoir déjà vu mais à l’autre maison. La maison où je ne suis plus allée
depuis qu’Oasis est arrivée. La maison où vivait ce gros chat tigré et courageux mais pour le moins peu accueillant
et très égoïste. Et à cette époque, je l’avais sentie sur lui cette odeur caractéristique du chien (beurk !).
Enfin, nous étions de nouveau tous les 4 dans ce nouveau lieu. Nous tentions alors de nous réapproprier l’espace.
Papa et maman étalaient leurs affaires, Oasis et moi visitions et revisitions les recoins pour parfois nous installer
pour de courtes siestes dans les endroits les plus improbables. Ils ont reconstruit les meubles, le lit, l’armoire,
la table, les étagères … Tout est redevenu comme avant mais au lieu d’être bien rangé et soigneusement aligné,
l’ensemble s’étalait d’un mur à l’autre sans aucune coordination. Un vrai bonheur pour les chats que nous sommes.
Ensuite, maman a repris ses aller-retour vers le dehors tandis que papa s’acharnait à retrouver
la place des choses. Je l’ai vu peiner à ouvrir les boites, à déballer les affaires, à les poser ici pour les
reprendre ensuite et les remettre ailleurs. A son retour, maman faisait de même reprenant souvent les mêmes objets
pour en faire autre chose. C’était un beau bazar que tout cela mais un amusement sans fin pour moi.
" J’avais toujours rêvé d’un endroit où les choses seraient laissées à portée de mes pattes !
Bon ! D’un autre coté, je ne me suis jamais autant fait houspiller.
A croire qu’ils ont toujours besoin du papier ou du sac sur lequel je fais ma sieste ! "
Au final, les choses ont trouvé une place ici ou là et les interdictions sont revenus :
" Non laisse ça ! Non Brug’s descend de là ! Non on ne joue pas avec les fils ! Non ! Non ! Non et re non !
Ils ne sont pas drôles les parents tout de même parfois ! "
La nouvelle maison avait du charme et bien des avantages. Les fenêtres accessibles grâce aux chaises me permettaient de
regarder dehors, voir de me ballader sur le rebord. Un petit coin dans la salle d’eau et les gamelles à l’entrée de
la cuisine pour notre confort de chat. Le clic-clac, le fauteuil, la chaise et le lit pour faire de longues siestes.
Mais aussi un sol si différent du précédent, glissant sous nos pattes de chats et tendre sous la morsure de nos griffes !.
J’ai fait assez rapidement une découverte quand à ce sol :
Premièrement, les griffes cliquètent dessus et les parents savent ainsi toujours où nous sommes.
Deuxièmement, Oasis n’a pas le contrôle des virages sur un sol glissant ce qui me donne un net avantage lors de nos
courses-poursuites.
Troisièmement, la température y est toujours douce : tiède en hiver comme en été.
Mais je vous parle déjà de cet endroit au passé. C'est vrai que nous n'y somme restés guère de temps pour vous dire vrai.
Je ne me rappelle pas y avoir détruit plus de 2 arbres décorés et je n’y ai vécu qu’une seule période de fortes
chaleurs. Après quelques temps passées dans le nouvel appartement, les parents ont recommencé à être tout excités.
J’ai dit à Oasis :
" voilà ça recommence, ils vont encore nous chambouler la vie !. "
Vous imaginez bien qu’Oasis ne m’a pas écouté. En fait, elle m’a même répondu :
" N’importe quoi, ils vont encore partir et nous laisser avec le dingue pendant plusieurs jours c’est tout ! "
Celui qu’elle appelle le dingue c’est un ami de papa et maman qui vient nous donner à manger quand ils partent sans
raison plusieurs jours ensemble. Je sais bien que souvent ils vont là où j’allais avant car je sens l’odeur de
l’autre chat quand ils reviennent mais je n’ai jamais compris pourquoi ils y vont ensemble et sans moi. Tout cela me
rend un peu triste alors je mange beaucoup et quand ils reviennent je monte sur leurs genoux pour les empêcher de
repartir. Une nuit, j’ai même dormi sur la valise que maman avait préparé mais rien y à fait. Tout ça pour dire que
cet ami est vraiment bizarre avec nous, il ne ressemble pas du tout à papa. Il sent le chat mais il ne nous comprend
pas, d’ailleurs je ne suis même pas certaine qu’il nous écoute vraiment. Il est trop brusque, il fait beaucoup de bruit,
il me tire les poils quand il me caresse, il fait fuir Oasis qui a peur. Ce n’est pas vraiment que nous ne l’aimions
pas mais nous nous en méfions beaucoup. C’est donc avec beaucoup de soulagement que nous retrouvons nos parents.
Au final, j’avais raison, les parents n’ont pas fait les valises mais ils ont recommencé les cartons !!!
" Si je vous jure, après tout le mal qu’ils ont eu la première fois, ils ont recommencé ! "
De mon point de vue de chat, ce n’était quand même pas très sensé de recommencer à changer de maison. Nous aimons nos
habitudes nous autres chats. Or à peine commencions-nous à nous habituer à notre environnement qu’il leur prend de
remettre le couvert. J’en aurais déprimé et je crois bien d’ailleurs que je l’ai fait entre une ou deux séances de sauts
dans les cartons. C’est le paradoxe entre la déprime de devoir tout changer et la folie qui prend le chat quand le
désordre règne. Toujours est-il que la parenthèse était terminée, finie la lune à la fenêtre, fini le paquet glissant
et les murs blancs, finie la cuisine riquiqui, finie la grande chambre et le cliclac (le pauvre, il a disparu, je ne
sais même pas comment). Nous étions en route vers ailleurs encore une fois.
Durant ce temps, pourtant très court, Oasis a beaucoup changer. Elle qui était si brusque et si snobinarde avec ses :
" Pfffuuiiit des caresses pour quoi faire ? "
ou encore son célèbre :
" Un coussin, une gamelle, une caisse, je n’ai rien besoin d’autre moi ! "
Elle s’est mise à me disputer la place sur les genoux de maman ou de papa. Elle en est venue à s’immiscer sur le lit
et à s’installer sur les hanches convoitées. Elle a même appris à ronronner plus fort qu’un camion asthmatique. Bref
ce changement que maman trouve "ADORABLE !", moi je le trouve hautement contrariant. Je n’avais pas vraiment envie
de partager mes moments "câlin" avec qui que ce soit et elle m’arrangeait bien Oasis en les dédaignant.
Moi aussi j’ai changé.
" Non je ne suis pas devenue courageuse et indépendante ! ".
Par contre, j’ai pris beaucoup de poids. Vous verrez plus tard que ce n’est pas que ma faute même si j’avoue
quand même avoir souvent vidé les 2 gamelles. D’ailleurs, hier, nous regardions les photos sur l’écran de l’ordinateur
et c’était vraiment flagrant. Je suis devenue un vrai patapouf.
Enfin je m’emballe un peu reprenons le fil de l’histoire.